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Le Coin du Discophile Classique

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Le Coin du Discophile Classique

Message #1 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 06:36

Le Coin du Discophile Classique (Remis à neuf)





Claudio MONTEVERDI – L’ORFEO (1607)

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Malgré l'antériorité de la Dafne de Peri (1597), de l’Euridice du même et celle de Caccini (1600), l'Orfeo de Monteverdi symbolise la naissance de l'opéra. Joué pour la toute première fois à Mantoue en 1607, si l'histoire ne lui accorde pas la primeur, au moins elle lui reconnaît son autorité

Un avantage pour le paquet de gras feignants que vous êtes, l’Orfeo n’est pas trop long et le livret n’est pas d’une complexité folle : l'opéra est composé d'un prologue et de cinq actes :

•      Ouverture : Une fracassante toccata allegro en do majeur ("jouée trois fois par tout l'orchestre au début du rideau" écrit Monteverdi sur la partition) ouvre l'opéra

Très intéressante mise en bouche, cette toccata sonne chez certains (Harnoncourt) comme une réminiscence de la renaissance qui s’achève

•      Prologue : La Musica explique le pouvoir de la musique...

•      Acte I : Mariage d'Orphée et Eurydice dans une ambiance champêtre très réussie…

•      Acte II : Le drame s’installe : Orphée apprend qu'Eurydice est morte, mordue par un serpent ; il décide d'aller aux Enfers pour la sauver. Le moment fort est l’aria Tu se’ morta, mia vita, ed io respiro ?

•      Acte III : L'espoir accompagne Orphée aux portes des Enfers. Rencontrant Charon, le « nocher des Enfers », il essaye de le subjuguer par son chant. Sans succès, il essaye à nouveau mais avec sa célèbre lyre : Rendetemi il mio ben, tartarei Numi… Charon s'endort et Orphée en profite pour entrer aux Enfers.

•      Acte IV : Touchée par la musique d'Orphée, Proserpine, la reine des Enfers, épouse de Pluton, le convainc de laisser partir Eurydice. Pluton acquiesce sous une condition : Orphée ne doit pas se retourner pendant qu'Eurydice le suit sur le chemin du retour à la lumière et à la vie. Il part, Eurydice le suit, mais doutant, il se retourne et voit sa femme disparaître. Découragé, il retourne sur Terre.

•      Acte V : Accablé de chagrin, Orphée est emmené au ciel par son père Apollon et devient immortel, à l'égal des dieux. Il pourra voir Eurydice dans les étoiles. Le chœur chante la gloire d'Orphée.

Il y a encore débat sur l'altération de la part de Monteverdi de la fin écrite par Striggio, où Apollon accompagne son fils au ciel. En effet, dans le livret de Striggio, Orphée meurt, atrocement lacéré par des Ménades qui, voyant qu'il s'est détourné des femmes, décident de le tuer.

Ce dénouement tragique n'était pas du goût de l'époque : Monteverdi et Striggio durent modifier la fin comme quoi le happy end hollywoodien n’est pas une nouveauté…


Alors, que peut-on trouver comme version de l’œuvre ?

1939 - Ferrucio Calusio

Vieille version assez réussie. Mais c'est vraiment vieille manière et c’est franchement introuvable


1949 - Helmut Koch. (Vox VBX-21)


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Absolument inaudible pour nos goûts actuels


1955 - August Wenzinger. ( ARCHIV APM 14057/58 )

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Idem


1960 - Leopold Stokowski.

Avec Souzay.  Mmouais…. On peut s’en passer


1968 - Michel Corboz  (Erato ou EMI SME 95038-40)


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La première qui vaille la peine même si son principal tort est d’avoir été immédiatement suivie par celle d’Harnoncourt. Eric Tappy est un Orphée tout à fait excellent.


1969 - Nikolaus Harnoncourt. (Das Alte Werk 6-95038-40)

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J’adore cette version !

En particulier la toccata en entrée qui sonnait à la perfection sur les « grosses » du duke..

C’est d’abord l’émotion qui prime ; quarante ans nous séparent de l’enregistrement mais la fraîcheur persiste jusque dans l’imperfection du jeu de certains qui découvraient un peu leurs instruments baroques d’où certaines « couleurs » naïves mais surtout beaucoup, beaucoup d'invention d'orchestration, très expressive, probablement plus histrionique que ce que Monteverdi souhaitait originalement mais comme on n'en sait rien....

Il y a surtout Lajos Kosma, et Nigel Rogers, tous deux radieux. Le seul dommage est que Nigel Rogers ne chante pas le rôle titre (mais successivement un berger, un esprit et l’echo) comme il le fera dans la version Jurgens qui suit...



1974 - Jürgen Jürgens (Archiv 2723-018 )

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Avec Nigel Rogers en Orfeo. Dieu, que c’est mou, l’orchestre croule sous les cordes, on dirait Karajan dans la Messe en si : une catastrophe…

Alors pourquoi en parler ? Pour Nigel Rogers : si Orphée est un demi-dieu, Rogers est Orphée: un chant ahurissant de luminosité, d'aisance, et surtout de virtuosité, avec une ornementation de l'air "Possente Spirito" éblouissante et jamais égalée par aucun autre, qu’ils soient ténor ou baryton car bien que la partition favorise un baryton, les ténors s’y sont frottés.


1983 - Nigel Rogers

Je ne connais pas cette version qui ne semble plus distribuée



]1984 - Herbert Handt. (Claves/Favor)

Ambiance Puccini. Très zouli mais vite lassant….


1985 - John Eliot Gardiner. (Archiv)

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Un autre grand jalon, pour le sens de la danse. Il y a moins de recherches dans l'instrumentarium, moins de timbres étranges mais un déhanchement constant. L'orchestre est plus léger et plus propre, tout sonne admirablement bien, les tempi sont parfaits.

Et puis la distribution est luxueuse avec Rolfe Johnson, Dawson, Otter, Tomlinson, White...

Une version tout à fait recommandable mais le  meilleur reste à venir…



1992 - Philip Pickett. (Decca 4333545-2)

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Bon, là on va faire dans le sérieux, dans la musicologie… La position de Pickett est à l’opposé de celle d’Harnoncourt : son argumentation est simple : si l'on comprend les conventions, la partition apparaît « extraordinairement variée et colorée », sans qu'il faille recourir à des effets superflus.
La compréhension que Pickett a d'Orfeo éclaire beaucoup de choses : la sonorité vigoureuse de la toccata d'ouverture, les danses chorales du premier acte et les choeurs en forme de madrigal du deuxième acte (chantés de façon tout à fait appropriée avec un soliste) contrastent avec les passages superbement déclamés de la monodie, qui ouvrent la voie vers le futur Opéra
Je serais ravi par cette approche tant le jeu instrumental est superbe si les chanteurs étaient à la hauteur du propos… Disons qu’ils sont biens, mais sans plus.


1994 – Charles Medlam (Virgin Veritas)

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Ouch ! Qu’est-il arrivé à Nigel Rogers ? A éviter


1995 - René Jacobs. (HM 901 553-554)

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La déception est à la hauteur de l’attente. Comme Pickett, Jacobs veut développer une conception aboutie du lien entre les couleurs et le drame, ce qui est remarquablement exposé dans la notice par Jacobs lui- même qui déploie ensuite une fresque dramatique continue, sans le moindre temps mort…. Mais sans vie non plus. Tout cela est parfait, superbement rendu mais sent le studio.

Et je ne parle que de l’orchestre car les chanteurs (Laurence Dalle en Orphée entre autres) me laissent encore plus froid.

Bon, je suis de parti pris, ce n’est pas si mal mais, malheureusement, il y a ce qui suit :


1996 Gabriel Garrido (K617  K617046)

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La version qui a remporté par sa "méditerranéité" l'adhésion de toute la critique. Très beau travail sonore : des chanteurs remarquables, un foisonnement et une richesse instrumentales (le continuo !) inégalés, un ensemble d'une vitalité et avec des couleurs inédites dans la discographie : l'oeuvre prend une seconde vie….

Je dirais n°2 ex aeqo à ce stade du shoot out mais il y a peut être encore mieux à venir...


1996 - Sergio Vartolo Ière version

Un peu sage. Peu d'invention dans l'instrumentarium, exécution un peu propre. Mais bien dans l’ensemble…


2003 - Emmanuelle Haïm. (Virgin Veritas)

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Le scandale de 2003. La version d'Haïm est agréable tout de même. Mais les choix sont discutables, c'est sûr, surtout les vocalisations absurdes de la Musica (Nathalie Dessay). . On a beaucoup tapé dessus parce que la critique a ses têtes (surtout dans le milieu baroque, avec des camps très cloisonnés) et qu'Haïm ne dispose pas encore d'un sérail influent…


2004 - Jean-Claude Malgoire. (Dynamic)

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Version plutôt intéressante, qui n'hésite pas à employer toute la liberté d'instrumentation et d'ornementation de la tradition. C'est toutefois joué et et chanté de façon limitée techniquement, malgré un investissement et un enthousiasme évident. La prise de son Dynamic est très sèche

Je vous met un petit coup de Jaroussky quand même :




2006 - Sergio Vartolo IIème version (Brilliant Classics 193103)

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Version plutôt vivante, assez bien chantée et disponible pour 6€ chez Brilliant... Difficile de faire mieux !


2006 - Claudio Cavina. Version de la Venexiana.

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Enfin du neuf ! Une merveille d’interprétation tout en nuances, un concentré de poésie contemplative merveilleuse comme les madrigaux qu’ils nous ont déjà livrés mais en mieux. Une lecture atypique, mais sans cuistrerie…


2007 - Rinaldo Alessandrini.

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La version du 400ème anniversaire de la création de l’œuvre. J’ai beaucoup de mal avec cette version. Trop de contrastes irritants pour mon goût : ruptures de tempo ostentatoires, notamment. Le cours musical est sans cesse, rompu, bousculé, souligné… C’est voulu et je n’adhère pas.

Encore une fois, il ne s’agit que de mon avis


Et en DVD ?

Harnoncourt –Ponnelle

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La distribution est bonne mais il s’agit d’un film et donc… c’est du play back

Il y a un côté un peu kitsch et ridicule dans certains passages au niveau de la mise en scène. (une récurrence dans les films-opéras de cette époque tout de même)


Stubbs.

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Je ne connais pas.


Jacobs

Idem mais je crains de retrouver mes réserves exprimées plus haut…


Malgoire

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Comme le CD semble t’il mais je ne l’ai pas vu


Savall

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On a droit à une reconstitution scénique, avec danses naïves et orchestre en costume. On reprend le propos de Harnoncourt, sans l'invention et la virtuosité instrumentales, sans le plateau exceptionnel. (Figueras n’est pas au mieux) Mais c'est agréable, ça fonctionne plutôt bien malgré quelques sécheresses…

A vérifier sur pièces :



Bon, en conclusion, je dirais Harnoncourt 1969, Gardiner, Garrido et Cavina pour les versions de référence. L’œuvre a été maintes fois enregistrée et tout n’est pas indispensable, loin de la !


La dernière en date, pas encore entendue :
2008 – Daniel Stepner  Centaur

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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #2 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 07:00

Henry PURCELL- KING ARTHUR (1691)

Célèbre pour son air chanté par le Génie du Froid au troisième acte et popularisé par Klaus Nomi,



« King Arthur », d'Henry Purcell n'est pas, au sens strict, un opéra, plutôt une musique d'accompagnement pour un texte dramatique (très, très long et un poil lourdingue) de John Dryden qui décrit l'un des multiples épisodes de la légende arthurienne dans lequel le roi breton et très chrétien, chef des chevaliers de la Table ronde, s'oppose à Oswald, saxon et païen, et conquiert le coeur de la belle Emmeline. Les héros et leurs armées errent dans des marécages brumeux ou des forêts enchantées, combattant les artifices du camp adverse avec leurs propres sortilèges – car les deux parties sont dotées de pouvoirs magiques (Merlin est présent mais pas Lancelot) . Aux épisodes fantastiques ou guerriers succèdent des scènes plus douces ou burlesques…

Encore une partition très courte pour ne pas vous user, bande de gras feignants…
Courte, car les récitatifs ne sont pas chantés et donc la partition regorge de morceaux de bravoure autrefois inclus dans la représentation, tels l’air du génie déjà signalé, de  « Come if you dare » qui est un hymne bravache,  de « Fairest Isle » à l’acte V ou  « Your hay it is mowd’ »,  sorte de chanson à boire, anticléricale et passablement chauvine :




Partition magnifique, trop courte hélas, digne de celui que l'on surnommait l'« Orpheus Britannicus » et marquée par la forte inspiration de Lully (celui d’Isis notamment).

Pour vous donner une idée de ce qu’était la scène anglaise de l’époque de la restauration de la monarchie après la période Cromwell, je vous recommande un film de Laurence Dunmore, « The Libertine » qui date de 2004 avec Johnny Depp. Ce n’est pas un chef d’œuvre mais l’atmosphère est fidèlement rendue et les comédiens des « masques », le genre revenu en vogue, devaient avoir cette allure…






A l’exception notable de Didon & Enée, Purcell est fort mal servi par le disque. Pour King Arthur, on ne peut guère signaler que :


1958 Anthony Lewis (L’Oiseau Lyre)

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Une réed du début des années 70 chez l’Oiseau Lyre. Les instruments sont modernes et la facture classique ce qui est normal au vu de la date d’enregistrement. Pour l’époque, c’était même impressionnant de vitalité, on sent que les interprètes ont pris du bon temps même si l’on souhaiterait moins de vibrato au niveau des cordes et de certains chanteurs.

1978 Alfred Deller (Harmonia Mundi 252/53)

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La première grande version par l’approche instrumentale mais encore très marquée par le côté pompeux, grandiose, « à la française » des précédentes interprétations. Les chanteurs sont excellents même si l’air du froid est un poil trop pesant. La partition impose une basse pour le rôle (ce qui n’est pas toujours observé, cf Nomi) mais rien n’oblige à tant de raideur, même la glace peut être givre…


1985 John Eliot Gardiner (Erato 751272)

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La première version de référence. C'est peut-être l'une des plus belles réalisations de Gardiner. De l'humour, de la fraîcheur, de l'enthousiasme, c'est une véritable dynamique de la réussite. Les solistes sont à leur aise, le choeur est digne de sa réputation et surtout la direction de Gardiner est nerveuse et précise, son fameux sens de la danse est manifeste. Il signe alors la meilleure version du King Arthur en retrouvant le côté à la fois fantastique et bouffon de l’oeuvre


1995 William Christie (CD Erato)

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La deuxième grande référence. Celle aussi avec laquelle on sent le mieux tout ce que Purcell doit à la musique française tant dans la structure que dans les effets :  Lully bien sûr pour le génie du froid mais aussi le Marc-Antoine Charpentier de Médée et nul mieux que William Christie pour le souligner. Les tempi peuvent surprendre si l’on est habitué aux versions classiques, cela peut paraître un peu sec voire terne par moment…

Le disque est le produit d’une représentation de quatre heures en live dont on n’a conservé que la partie orchestrée et chantée et cela explique la cohésion de l’ensemble. Ecoutez Véronique Gens dans « The Fairest Isle » et laissez-vous porter…


1999 Trevor Pinnock (CD Archiv)

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Bon, c’est pas mal mais cela vient après Christie. Les instruments sont d’époque comme il se doit mais le chant l’est moins, le vibrato me semble plus moderne. Je dirais aussi que les chanteuses sont un poil en dessous de leurs partenaires…

2004 Hérvé Niquet (CD Glossa)

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Alors là, je plaide coupable ! J’ai déclaré plus haut que les français ne s’étaient pas attaqués à ce monument britiche et j’avais tort ! Ils l’ont fait. Ils ont même fait plus fort puisqu’ils ont monté la pièce (Shirley et Dino ont fait la mise en scène, si,si…)

Du coup, il a bien fallu que j’écoute. Eh bien, comment dire… C’est autre chose. Tout le côté pompeux a disparu au profit du mythe et de la farce mais avec un allant qu’il n’y a pas chez Christie et qu’on ressent en moins chez Gardiner. L’allant est d’ailleurs tout à fait réel puisque Niquet fourre toute l’œuvre en un seul CD.

Bon, j’aurais besoin de réécouter plusieurs fois mais de prime abord, c’est très plaisant, très dépaysant également. J'ai quand même fortement apprécié la passacaille avec Auvity qui chante "How happy the lover" à l’ Acte IV et j'ai bien sûr adoré tous les passages où l'influence de Lully est plus qu'évidente : ouverture, interventions des choeurs, scène du froid, etc.


Et en DVD ?

2004 Nikolaus Harnoncourt (DVD Euroarts)

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Houla ! Difficile de recommander ce truc ! La mise en scène est en pastiche postmoderne, les transitions parlées le sont en…. Allemand  (normal puisqu’il s’agit d’une représentation devant un public allemand), heureusement la musique est du Purcell mais sérieuse, trop sérieuse…. Les tempi sont accélérés comme chez Niquet mais ici, cela ne rend pas bien, voire cela foire tout court…


Bon, pour conclure, je dirais Gardiner pour la joie, le sens de la danse, Christie pour le côté impeccable et Deller pour la nostalgie. Je réserve mon jugement pour Niquet, trop différent mais peut-être indispensable sur le long terme…

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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #3 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 07:07

Monteverdi - Madrigaux du VIIIème livre


Trois versions se détachent nettement…

Garrido

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Alessandrini

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Jacobs

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Mais il y en a un paquet d’autres dont celle de Haim… Allez, on verra plus tard
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #4 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 07:18

Claudio MONTERVERDI – Il Combattimento di Tancredi & Clorinda (1624)

Publié avec le 8e livre de madrigaux en 1638, le Combattimento avait été représenté pour la première fois 14 années plus tôt, en 1624, à Venise, pendant le carnaval, dans la maison du riche sénateur Girolamo Mozzenigo, le "patron particulier et protecteur" du compositeur…

Le sujet : un duel oppose Tancrède, preux chevalier croisé , à Clorinde, une guerrière du camp opposé dont il est amoureux. Il la blesse mortellement de son épée et celle-ci, pendant qu'elle agonise, lui pardonne et demande à être baptisée. Lorsqu'il la reconnaît, Tancrède devient fou de douleur. Clorinde expire en état de grâce. Bon, rien de très réaliste ni de politiquement correct là dedans…

Cette pièce requiert 3 chanteurs (le "Testo", le témoin, le récitant, Tancrède et Clorinde) et un orchestre composé de 4 parties de "viola da brazzo" (soprano, alto, ténor et basse - il s'agit d'instruments de la famille des violons) et d'une basse continue, cette dernière étant composée d'une contrebasse de viole et d'un clavecin, selon les indications même de Monteverdi. Il n'y a pas d'indication sur le nombre d'instruments par partie. C'est une pièce qui n'est n'est pas destiné à la scène, mais dont toute l'intensité dramatique réside dans le texte (tiré de la « Gerusalemme liberata » du Tasse) et dans la musique.

Un dernier point, bien que publié dans un recueil de madrigaux, « Il Combattimento » n’en est pas un, c’est plutôt un petit opéra de vingt minutes…



Bon, soyons clairs : même si cette oeuvre marque une évolution sensible dans la manière d'utiliser et de jouer des instruments, ce qui compte dans la recherche de la « meilleure version » c’est la qualité des chanteurs. Le temps n’est plus où l’on pouvait écouter Schwarzkopf ou Seefried chanter des madrigaux de Monteverdi. Nombre d’études sur le chant baroque et la simple évolution du goût nous ont amenés à ce constat.

Dès lors, le choix peut sembler simple, un bon chef « baroqueux » à la mode, des instruments anciens et quelques chanteurs au vibrato spécifique et à la voix aigrelette…

Oui da. Mais rien n’est jamais simple, dixit bbill, et j’en veux pour preuve le dernier opus d’Emmanuelle Haïm qui emploie un authentique ténor (Rolando Villazon plus habitué à chanter Puccini) pour le rôle du récitant. Est-ce pour amener un plus large public à ce type de répertoire, est-ce pour em…. les baroqueux installés ? Qu’en est-il du résultat :



Le vibrato et la force au service de la musique, cela nous change des filets de voix, je gage que nous nous y ferons….


2005 Emmanuelle Haïm (Virgin Classics)

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Soyons justes, nous avons mis l’accent sur le choix des chanteurs car, ici, les musiciens ne font pas preuve de grandes audaces figuratives et dramatiques et se cantonnent dans une neutralité bienveillante que Monteverdi lui-même aurait peut-être trouvée un rien fadouille, même si ses indications de jeu sont respectées. Emmanuelle Haïm impulse cependant toujours à son ensemble une superbe justesse de phrasé et de respiration.


Et pour le reste de la discographie ?

Cette œuvre existe en une bonne quarantaine de versions et le choix est difficile. Je vais essayer de vous donner quelques pistes :

    
Eh bien commençons avec les ancêtres avec un A :


1937 Nadia Boulanger (Seraphim 60125)

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Point d’ironie, je vous prie ! C’est Nadia Boulanger qui, dans les années trente, a extirpé Monteverdi des placards de l’oubli, alors, un peu de respect même si ce n’est plus que pour l’intérêt historique que ce disque est mentionné.



1953 Walter Goehr

Je ne le connais pas.



195? Reinhard Goebel (Archiv)

Pas plus que celui-là mais savoir que Nigel Roberts est le récitant incite à trouver un exemplaire



1963  Società Cameristica di Lugano - Edwin Loehrer (Cycnus 30 CM 005)
 
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La version de Grat (et de Pdobdob) qui écoute de la musique de vieux dans de vieilles versions, on ne fait pas plus tendance !

Sérieusement, c’est loin d’être ridicule même si c’est plus « romantique » que baroque. Le Testo (le récitant) est Laerte Malagutti, au chant classique mais profondément ému et naturel qui lui assure une place dans l'histoire. On a tous commencé avec cette version qui a remporté un prix Charles Cros.



1965 Mainz Kammerorchester - Günter Kehr (Oscar OS 122)
 
Jamais entendu.


1966 English Chamber Orchestra - Raymond Leppard (Philips LY 6500 457)
 
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Ultra classique, je ne l'écoute jamais.



1967 I Madrigalisti di Venezia - Gabriele Bellini (Ars Nova VST 6011)

Réputé à l’époque, je ne l’ai pas réécouté depuis.



197 ? Neville Marriner & Alfred Deller (Bach Guild HM 10SD)

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Je recherche cette version qui devrait être intéressante…



197 ? Clemencic Consort – René Clemencic (Harmonia Mundi HMA190986)

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La version dont vous parlais Pdobdob, ressortie en CD en 1988. Clemencic s’est surtout fait connaître avec sa version extraordinaire des Carmina Burana et cette version du Tancrède est certainement à écouter...


1979 Michel Corboz (Erato RC 320)

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Pas écoutée depuis longtemps mais réputée en son temps. C’est la dernière version « classique » avant la tempête Harnoncourt


1984 Nikolaus Harnoncourt (Teldec)[/size]

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Enfin Harnoncourt vint !

Pour être honnètes, nous n’avions jamais ressenti l’impact émotionnel du Combattimento avant que Nikolaus nous le balance à la tronche avec toute la panoplie d’une représentation théâtrale et c’est à ce moment que l’on s’est aperçu qu’il s’agissait bien d’un petit opéra (ou d’une cantate dramatique ou le nom que vous préférez, les italiens parle de melodramma mais le sens n’est pas le même en français).

Et Harnoncourt ne faisait pas de différence avec les trois opéras de Monteverdi qu’il avait déjà livré : l’Orfeo, L'Incoronazione di Poppea et Il Ritorno d’Ulisse…. Il choisit donc un récitant brutal pour accentuer l’impression de combat et tout le reste est à l’avenant, violent, dramatique et se conclue dans un climax sauvage avec la mort de Clorinde et la douleur de Tancrède…

S’il doit y avoir un mais, je dirais qu’entre temps nous avons eu droit à des versions plus « bel canto » et que la diction et l’italien approximatif ont parfois un côté caricatural (Ach !)…


1986 Jean-Claude Malgoire

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Je le cite par souci d’exhaustivité mais je ne le connais pas


1987 Roberto Gini (Tactus)

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Très mal connu mais très prisé des Monteverdiens. Plus madrigalesque que théâtral…


1992 William Christie

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Un des plus impressionnant Testo (le récitant) au disque. C’est superbe et Christie qui a encore plein de pêche en 1992 nous livre une version hyper émotive, sorte de synthèse entre Harnoncourt et Gini mais Christie reste plus à l’aise dans le répertoire français qu’italien…


1997 Gabriel Garrido (Harmonia Mundi)

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Garrido, lui aussi, nous fait sa coupure épistémologique. Il y a l’avant et l’après. La puissance expressive de l’accompagnement orchestral est époustouflante : tout semble évident, incontournable, chaque mesure semble naturelle (et monteverdienne) sans ne rien perdre de sa force et de sa poésie, et les variations de climat sont permanentes…

Et que dire de Furio Zanasi dans le rôle du Testo. Exalté et superbement vocal ! Beauté du chant, de l’ornementation, poésie, puissance du ton, éloquence : le drame éclate dans toute sa brutalité sans ne jamais rien perdre en musicalité. Pour parfaire l’excellence de cette gravure, les compléments proposent un regroupement de madrigaux de contemporains de Monteverdi sur des poèmes tirés de la Gerusalemma liberata autour de Armida et Erminia.


2002 René Jacobs
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Jacobs offre un ensemble de pièces célèbres outre le Combattimento (Il Lamento della ninfa, Il ballo delle Ingrate, Volgendo il ciel qui est un ballet etc.) mais se prend un peu les pieds dans le tapis quand emporté par la tendance à théâtraliser la pièce, il ajoute ici et là quelques instruments à vent  ou pousse les chanteurs à en faire un peu trop…


2004 Emmanuelle Haïm (Virgin Classics)

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Déjà mentionné, le choc provient de l’usage de Villazon qui ne fait pas beaucoup de concessions au XVIIème siècle mais la prestation orchestrale est des plus réduites...


2004 Akadêmia - Françoise Lasserre

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Pas encore entendu. Décidément, j’ai du retard ! Il se dit que la démarche de Lasserre, violente et expressionniste, rappelle celle d’un Harnoncourt mais avec des sonorités orchestrales réactualisées et mise en valeur merveilleusement par la profondeur de la prise de son. A vérifier


1998 - 2005 Rinaldo Alessandrini

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Je partage l’avis émis plus haut par Jubilator, c’est à cette heure une des meilleures versions. Tout est parfait, le récitant n’est plus extérieur mais il s’implique dans la bataille, il souffre avec les autres, l’orchestre est somptueux de flamboyance, de tension vers l’ultime, l’inévitable, tout concourt à la fin tragique. C’est moins théâtral que Garrido, peut-être plus facile d’accès mais moins, je dirais, moins dans l’esprit de l’œuvre…

C’est vous qui voyez…


Ceux que j’ai oublié…

Et il y en a un paquet d’autres ! Le dernier, la version de l’intégrale de La Venexiana est tout à fait honorable mais il y aussi I Fagiolini etc….


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En conclusion : Garrido et  Alessandrini, puis Haïm pour le ténor…
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #5 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 07:45

Les opéras de Haendel

Que l’on se rassure, je ne vais pas vous entretenir de tous les opéras de Haendel (le bougre en a écrit une quarantaine cf Wikipedia) mais de quelques uns sur la douzaine qui valent la peine d’être écoutés soit en entier soit pour quelques arias….

Je vous parlerai plus tard des oratorios...

La carrière anglaise de Haendel est très étroitement liée au domaine de l'opéra italien. Non seulement la majorité des opéras de Haendel furent destinés à des scènes anglaises, mais encore, le musicien fut le premier à composer un opéra italien expressément pour Londres : Rinaldo, en 1711.


I. Le premier cercle : ce sont les œuvres les mieux construites, le livret est intelligible, les airs variés et uniques (eh, oui, le père Haendel a « retraité » nombre de ses compositions), bref les chef d’œuvres :


Rinaldo 1711

Giulio Cesare 1724

Rodelinda 1725

Alcina 1735


Bon, on commence par Rinaldo et l’air célèbre « Lascia ch’io panga »



Pour les béotiens incultes qui font démarrer l’opéra avec Gluck, voire Mozart, je rappelle l’existence d’Haendel (et bien d’autres) en insistant sur un point : le dégoût qu’ils ont d’Haendel vient souvent de ce que sa musique est mal transmise. Rendre l'orchestre de Haendel n'est pas facile car Haendel se contente d’écrire une trame sachant que dans son orchestre de Haymarket, il y a de brillants improvisateurs, dont Haendel lui-même. Mais il y  aussi William Babell, maître improvisateur au clavecin qui avait carte blanche pour de nombreuses cadences et qui était un virtuose hallucinant selon les témoignages de l’époque et encore bien d’autres  tels Haym, Dieupart, Pepusch etc.

Haendel qui dispose ainsi d’un orchestre important, de toutes origines nationales et composé de personnalités fortes, de formation diverses, n'écrit jamais tout. Et donc, toutes les versions de Haendel avec des orchestres massifs et uniformes qui font Zim boum boum parce qu'ils se contentent de suivre la partition, sont à côté de la plaque !

Pour prétendre jouer sa musique, il faut en écrire une partie, retrouver les manuscrits des compositions des membres de l'orchestre pour extrapoler à quoi cela pouvait ressembler et improviser !

C’est ce qu’à bien compris René Jacobs avec sa version de Rinaldo (il l’explique fort bien dans le livret) et je vous incite fortement à entrer dans Haendel par cette version.


Rinaldo – Jacobs (Harmonia Mundi)

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En plus, ça déborde de vie !



Rinaldo- Hogwood (Decca)

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L’autre version a reçu en son temps de meilleures critiques pour la qualité vocale mais tintin pour retranscrire Haendel ! Il y a ces césures nombreuses mais sans nerf qu'on rencontre à peu près partout chez Hogwood, et qui font perdre de l'urgence au drame.

Bon, et puis Daniels chante (superbement) en falsetto un rôle qui n’est pas prévu pour…



Rinaldo-Malgoire (CBS Masterworks 79308 )

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Il y a, enfin, une vieille version Malgoire (pas la nouvelle avec Jaroussky) que j’ai en coffret de LP avec quelques gloires passées du baroque : Cotrubas, Watkinson, Esswood, Brett, Cold… qui a, certes, un peu vieilli mais qui 1) possède le charme du premier enregistrement (1977 à Notre Dame du Liban à Paris, ressorti en CD en 1997), 2) fait preuve de beaucoup de franchise et de justesse…



En DVD, on retrouve Daniels toujours en falsetto dirigé par Bickert :

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Un extrait :






Giulio Cesare in Egitto (1724)



Pour le coup, c’est JB14 qui est pris en flagrant délit de mauvaise foi car s’il est un Opéra Haendelien reconnu et souvent monté, c’est bien celui-là !

C’est ce qui explique la quantité surprenante de traces discographiques et la vitesse tout aussi surprenante à laquelle ces traces se sont démodées. Mais tous ces enregistrements ont un point commun : on y trouve de « vrais » chanteurs comme Boris Christoff, Kiri te Kanawa, Beverly Sills, Maureen Forrester, Dietrich Fischer-Dieskau etc.

Et pour les chefs « baroqueux », le challenge interprétatif est immense. Harnoncourt, par exemple, s’y est cassé les dents. Car la partition de Giulio Cesare in Egitto est une musique pour star pas pour paradilettanti. Il ne faut pas oublier que les créateurs des rôles de César et Cléopâtre, Cuzzoni et Senesino, étaient les gloires absolues du chant orné.


1963 Bonynge Decca

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Avec Sutherland encore jeune dans la lignée de ses versions d’Alcina et de Rodelinda. Bon, c’est "pionnier" mais c’est audible même si Sutherland confond 17ème et 19ème siècle. Version de 1963 et non 1969 comme indiqué sur le CD.


1967 Rudel

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Pas écouté



1969 Richter

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Pendant longtemps, la version dirigée par Karl Richter a dominé la discographie. Les options esthétiques choisies ont de quoi faire se poiler tous les baroqueux de la planète mais l'affiche vocale n'offre que des stars : avec Fischer-Dieskau (baryton) en César, Tatiana Troyanos en Cléopâtre, Julia Hamari en Cornelia, Peter Schreier en Sextus et Franz Crass en Tolomeo…



1988 Harnoncourt

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Gros plantage et devenu introuvable…



1989 Panni

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Pas écouté



1991 Jacobs (Harmonia Mundi HMC 901 385-87)

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René Jacobs propose en 1991 son intégrale avec l'ajout d'un air supplémentaire pour Nireno. Comme toujours, chez Jacobs, l'accent est mis sur la dramatisation et là, çà marche : l'orchestre est quasiment irréprochable, Jennifer Larmore est sensationelle dans le rôle titre, il vous faut écouter  "Empio, ditro tu sei", "Non è si vago e bello" et "Va tacito e nascosto".

S’il faut un mais, je dirais que Marianne Rorholm est à ch… en Sesto, l'air "Cara speme" qui est très beau, est très mal chanté tout comme le reste de son rôle. C'est cruel, je sais...


Les versions suivantes dont Malgoire en 1995 font pâle figure après Jacobs.



Ces dernières années, deux nouvelles versions ont toutefois bousculé la hiérarchie :


2002 Minkowski (DG-Archiv 474 210-2)

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Il n’y a pas tant d'opéras dont on ne puisse départager deux versions, mais c'est le cas pour celui-ci et l’on est fasciné par les deux interprètes du rôle-titre dans les versions Minkowski et Jacobs, qui sont équivalentes du point de vue orchestral (un poil plus d’ornementation chez Minko)

Larmore chez Jacobs et Mijanovic chez Minkowski sont diamétralement opposées: Larmore solaire, humaine, généreuse, emportant tout sur son passage; Mijanovic en César fasciné par la mort, troublant, dépressif. Dur, dur de choisir.

Mais chez Minkowski il y a Von Otter qui n’a aucun mal à terrasser Rorholm en Sesto…



Deux DVD pour finir :

2005 Christie

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C’est une version, dirigée par William Christie et mise en scène par David McVicar qui provient d'une des plus fabuleuses représentations théâtrales issue du festival de Glyndebourne (avec les romains de César transformés en tuniques rouges coloniales.

Un extrait ("Non è si vago e bello" ) :





Franchement, c’est du plus haut niveau et on se demande bien à quoi cela sert de sortir d’autres DVD après celui-ci. Il y en a encore trois ou quatre mais seule une version semble intéressante :


2007 Mortensen

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Avec Andreas Scholl dans le rôle titre sur une mise en scène danoise… Je ne l’ai pas vu mais les critiques sont élogieuses.





Rodelinda, regina de Longobardia  (1725)


Entre février 1724 et février 1725, Haendel a produit trois opéras exceptionnels mais tout aussi différents entre eux : Giulio Cesare entraîne dans un passé fait d'exotisme, de passions politiques, d'intrigues sexuelles ; Tamerlano aborde la question des rapports entre folie et nostalgie ; Rodelinda s'apparente plus à une intrigue de palais dans lequel la force morale (personnifiée par l'héroïne) vient à bout de forces supérieures.

En deux mots, Rodelinda reste fidèle à son mari, Bertarido, le roi déposé de Lombardie, quoiqu’il puisse lui en coûter et malgré les menaces de l’usurpateur Grimoaldo. Après moults rebondisements Bertarido retrouve son épouse et son trône. Happy ending hollywoodien de nouveau ? Il n’en est rien : la force de l’oeuvre réside dans le soin apporté aux caractères des trois protagonistes : l’épouse éprouvée (Rodelinda), l’amoureux vindicatif (Grimoaldo), l’époux témoin (Bertarido). Chacun éprouve, doute, tente de se rassurer pour s’effondrer à nouveau …

Alors que les opéras précédents peuvent s'enorgueillir de posséder une musique réellement imaginative et même novatrice, Rodelinda touche surtout par une série d'arias pour héros et héroïnes qui égrène toute la gamme des sentiments: "Dove sei", "Con rauco mormorio" et "Chi di voi" de Bertarido; "Ombre piante", "Ritorno, o caro" et "Se 'l mio duol" de Rodelinda.

Bon, la discographie de « Rodelinda » est loin d’atteindre celle de Giulio Cesare et c’est bien dommage car s’il y a un opéra pré-mozartien, c’est bien celui-là (avis aux lourdingues…) et il y en a pour tous les goûts dans l’interprétation…


1938 Carl Leonhardt (réed Hännsler)

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Attention, ce n’est pas de Leonhardt le baroqueux dont il s’agit mais du chef du Reichssenders Stuttgart et c’est chanté en allemand (époque oblige !). Cela dit, c’est aux Allemands qu’on doit d’avoir ressuscité, dans les années 20 et 30, nombre de Haendel comme de Verdi tombés en, désuétude…

Bon, inutile de dire que l’on peut s’en passer…



1959 Charles Farncombe (Living Stage)

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Ici, en revanche, c’est en anglais ! Il s’agit d’une représentation donnée à Londres en 1959, avec coupures et langue anglaise d'usage. Certes, en 1959, les préoccupations d’authenticité historico-musicale n’étaient pas encore de mise, mais il faut reconnaître que Farncombe s’attelle à nettoyer la partition des scories laissées par un demi-siècle de romantisme exacerbé, et le résultat est digne d’éloge pour l’époque.

Cet enregistrement vaut surtout pour la prestation aérienne de  Sutherland. Malgré les coupures, malgré l'anachronisme de la langue, malgré la direction mignarde et peu dramatique de Charles Farncombe, il se passe quelque chose... et la magie d'une soirée opère.

Pour Joan Sutherland et Janet Baker donc … Lorsqu’on les entend ! Car l’enregistrement est une catastrophe. On dirait un bootleg fait sur un magneto de quatre sous et on ne nous épargne rien : buzz permanent, toux, raclement de pieds etc.



1964 Brian Priestman (Westminster et réed Estro Armonico)

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Encore un enregistrement classique, mais un des disques parmi les plus recherchés qui soient ! Bon, le coffret de 3 LPs sortis à Vienne chez Westminster est tout simplement introuvable mais je vous ai dégotté une version en (pouark) CD de chez Estro Armonico…

La version Priestman offre l’intégralité de la partition et des reprises da capo, toutes notablement ornés. Ce souci stylistique est d’autant plus remarquable qu’il n’était guère en vigueur dans les pays germaniques alors. Mais surtout, on sent constamment et chez chacun des interprètes un investissement théâtral et expressif, jusque dans le détail des récitatifs secs, véritablement étonnant.

Au plan vocal, on fait dans le somptueux,  rarement un opéra de Haendel au disque aura réuni des voix de ce niveau et si Rodelinda et Bertarido sont les stars de ces disques les autres interprètes ne sont pas en reste (Boyden excepté, mais on l’entend à peine). L’orchestre est sans doute le point faible de l’entreprise, pour nos oreilles aujourd’hui.

Le son est de bonne qualité, malgré une petite saturation sur certains aigus de Stich-Randall,. seul un bruit de surface avant le grand duo de l’acte II confirme que le transfert en CD a été effectué d’après les microsillons…

Bref, un monument à tous égards.



1973 Richard Bonynge (Bella Voce et réed Decca)

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A fuir ! Tout est nul là-dedans…. Pire encore, la version que le même chef donne en 1985 avec la même Sutherland… Kitschissime ou grotesque selon l’humeur !


1990 Michael Schneider et La Stagione (Deutsche Harmonia Mundi)

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Une première version baroqueuse, respectant l’œuvre dans son intégrité, sans coupures ni transpositions mais d’un ennui profond. Et l’éclatante erreur qui consiste à confier à des falsettistes les rôles créés encore une fois par la Cuzzoni et le castrat « Senesino »…  ‘tain, il faut une voix pour chanter cela !


1996 Nichola Kraemer (Virgin Veritas)

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Une deuxième version baroqueuse mais sans conviction dramatique, sans ampleur vocale.. ‘tain c’est de l’opera seria pas des madrigaux ! On ne s’étonne plus avec des enregistrements de ce genre que baroque soit synonyme de mièvrerie chez certains…



2000 Nicholas McGegan (Göttinger Händel-Gesellschaft)

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Pas écouté



2004 Alan Curtis (DG/Archiv Produktion)

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Ah, enfin !

Que les choses soient claires : ceci est la meilleure version jamais parue en (pouark ) CD d’un chef-d’oeuvre dont mêmes nos lourdingues mozarteux  ne sauraient se passer. Mais, car il y a un mais, un certain Christie a sorti THE version en 1998 à Glyndebourne (voir plus bas). Le défaut, ici, est le manque de profondeur, le manque de matière du fait d’un orchestre réduit et d’une légèreté d’exécution qui ne sied pas à cette œuvre pleine de conflits moraux et de pathos…



Et donc, en  DVD

1998 William Christie et Villégier pour la mise en scène (Warner)

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Par les deux protagonistes qui nous ont offert le sublime Atys de Lully (Si vous n’avez pas vu cela à l’Opéra-Comique, c’est que vous êtes pire que des lourdingues….) mais sans maniérisme « grand siècle » : la transposition de la scène baroque vers un écran noir années 1930  « alla Dreyer », le resserrement du cadre, l’étouffante proximité de corps raidis par l’angoisse ou l’ambition, la puissance dramatique dont Villégier s’est rendu maître forme un bel acte de bravoure…

La critique de l’époque avait un peu attaqué la prestation d’Antonacci mais  il y a surtout Scholl dans ses premiers pas à la scène, maladroit, sans rayonnement d’acteur, mais si vrai, si humain qu’il contamine son image au point de le rendre aussi fascinant qu’irrésistible.

Pour le plaisir, un duo entre Scholl et Antonacci :







2003 Ivor Bolton (Farao Classics)

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Un DVD aussi magnifique à entendre qu’inutile à regarder tant le parti pris de mise en scène (maffia italienne des années 50) ne fonctionne pas. C’est dommage car Dorothea Röschmann donne de Rodelinda un portrait idéalement tragique… On se surprend à sauter de scènes en scènes pour vérifier le niveau des arias et on peste devant le manque d’idées théâtrales…



Bon, en conclusion Priestman pour le classique et Christie pour le baroquement correct…



Alcina (1735)


Alcina est un opéra en trois actes inspiré de l'Orlando furioso (1516) -chants VI et VII- de L'Arioste. Terminé le 8 avril 1735, il fut créé à Londres le 16 avril 1735. C’est en quelque sorte le chant du cygne de l’opéra haendelien car le « caro sassone » va bientôt être obligé par le public de ne plus composer que des oratorios en anglais, ouvrages où abonde l'écriture chorale dont se montre friands les brits (et qui en ont alors plus qu’assez des castrats italiens)…

Alcina est  un « opéra magique », ouvrage de genre dont l'action se déroule toujours dans un lieu enchanté et fait intervenir au moins un protagoniste doté de pouvoirs surnaturels. Fort populaires à l'ère baroque, les opéras magiques nécessitent des machines pouvant opérer de rapides et sensationnelles transformations de décor au vu des spectateurs comme quoi les effets spéciaux ne sont pas choses récentes…

En gros l’idée remonte à la mythologie et se retrouve dans l’Odyssée avec Circé qui emprisonne les compagnons d’Ulysse. Ici c’est Alcina qui attire les hommes sur son île magique où elle les transforme en rochers, ruisseaux ou bêtes sauvages. Elle tient ainsi en son pouvoir le chevalier Ruggiero (eh oui, tout ceci est transposé au temps des croisades, suivez un peu…)

Les pouvoirs de l'enchanteresse sont prodigieux mais éphémères. Alcina en éprouve la dure réalité. Femme impuissante et seule, elle connaîtra la trahison, l'abandon, l'humiliation. Chaque personnage paraît dans sa complexité et ses contradictions désirantes pour parler postmoderne. Mais Haendel a soigné la partition et chacun des personnages a été taillé pour un virtuose vocal des plus aguerris : ainsi, pour la création, le castrat Carestani dans le rôle de Ruggiero et Anna Strada dans le rôle-titre.

Encore une fois, ces opéras serias ou italiens ne doivent pas être confiés à des filets de voix, fussent-ils estampillés baroqueux ! Haendel a toujours su écrire pour les chanteurs et Alcina est devenu la figure de proue de toutes les sopranos qui veulent se faire mousser à la suite de la Sutherland et son fameux trille. Il est vrai qu’Alcina est sans doute l’opéra haendelien  qui se rapproche le plus du drame " classique " que Puccini et Verdi développeront par la suite.

Bon, je vous ai assez vendu le truc, qu’en est-il des versions ?


1959 Ferdinand Leitner avec Sutherland (Melodram 022)

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Enregistrement furtif pour ne pas dire pirate d'un concert donné à Cologne pour célébrer le bicentenaire de la mort de Haendel. On avait réuni pour l'occasion deux jeunes chanteurs prometteurs : Joan Sutherland et le nouveau ténor mozartien, Fritz Wunderlich. Ce que l'on entend, compte tenu des coupures nombreuses et des transpositions coutumières de l'époque, est agréable mais tout de même…  On est loin des interprétations actuelles et Wunderlich chante une octave plus bas que le rôle….  C’est disponible en (pouark) CD (70 € sur Amazon Fr, tout de même !) et c’est loin d’être indispensable.



1962 Bonynge Sutherland (Decca 232-4)

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J’ai acheté le coffret auprès de la vieille dame irascible qui officiait au rayon classique de Lido Musique à la grande époque. C’est resté très longtemps la seule version « possible ». Cela ne doit pas être si facile à trouver en LP aussi vous ai-je mis le (pouark) CD…

C'est dans le rôle d'Alcina que Joan Sutherland, âgée de 34 ans, en 1960 à La Fenice (après l'avoir d'abord chanté en 1957), reçoit son couronnement médiatique et populaire. Dans le rôle d’Alcina, la diva australienne est consacrée "Stupenda", chanteuse lyrique la plus stupéfiante de son époque. Un rien, du temps de Callas…

Bon, c’est historique, donc c’est daté par définition et il manque plein de truc (la musique de ballet entre autres) mais Sutherland est au sommet, Berganza est plus dans le rôle que Wunderlich et nous fait un festival de roulades, d’aigus…. Que demande le peuple ? !



1985 Hickox (EMI)

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Superbe, superbe version !

Arleen Auger est totalement Alcina, tantôt femme fatale, tantôt amoureuse éplorée puis derechef mygale mangeuse d’homme. La voix est magnifique, la tenue exemplaire, le sens musical tout simplement parfait. Les autres sont à l’unisson, en particulier Della Jones et sa basse tonnante mais pas trébuchante… Et ça y va en virtuosité vocale, ‘tain les culs pincés mozarteux devraient aller y entendre ! ! !

De tout cela, il faut savoir gré à Hickox. Car c’est de lui que provient toute la fougue, toute l’énergie de cette interprétation. L’orchestre vit sous sa baguette, le drame avance avec entrain, et tension. Les cordes sont un peu ténues, mais que faire lorsque les bois sonnent si bien…

Un bijou.


1999 William Christie (Erato)

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Déception à la mesure de l’attente !

Une part de la magie scénique s'efface au disque. La prise de son, bien trop distante, explique cette impression mais ce n’est pas le plus grave…

Avec cette nouvelle tendance de faire chanter des non baroqueux dans ce type de répertoire (avant, il y a une quinzaine d’année cela se comprenait, il n’y en avait peu ou pas du tout, mais maintenant ...) on se retrouve ici avec Renée Fleming qui est un total miscast et Graham qui s’en tire mieux mais qui n’est manifestement pas dans le truc… Mais la plupart des amateurs s’en f…. car ils sont tous venus écouter les aigus de Nathalie Dessay qui nous la fait façon diva avec un jeu certes génial mais qui n’est pas le personnage…




Mais le pire, c’est Christie décidément bien meilleur dans la musique française, ici on s’ennuie un chouïa, c’est lourd et lent et les impros nécessaires dans la musique de Haendel (je vous ai déjà expliqué pourquoi, suivez un peu…) ne sont pas des plus heureuses…

Copie à refaire.



2005 Ivor Bolton (Farao Classics)

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L’éditeur munichois Farao Classics a pris la bonne habitude d’immortaliser quelques riches soirées du Bayerische Staatsoper dont une série d’opéras baroques dans laquelle Haendel se taille la part du lion avec Serse, Ariodante et Rodelinda (déjà signalé) en DVD.  Et donc, on pouvait s’attendre à voir une sortie en DVD d’Alcina à l’occasion du festival de juillet 2005 au Prinzregententheater.


Nenni. A la place, on a un (pouark) CD « live ». Dommage à en juger par les extraits visibles sur You Tube…

La distribution est un mélange de voix lyriques « traditionnelles », et de chanteurs estampillés baroque pur porc, mais, ici, cela fonctionne comme le prouve Anja Harteros (qu’on voit plutôt en comtesse dans le Cavalier à la rose) qui incarne une Alcina toute de passion et de retenue, très différente dramatiquement parlant d’Arleen Auger mais d’une beauté de timbre à faire craquer un duc meudonnais….

Le rôle de Ruggiero est tenu par une autre nouvelle star, la mezzo Vesselina Kasarova. Celle-ci n’est pas irréprochable : la voix peut encore s’améliorer en poids (le rôle était confié à un castrat alto) mais elle fait preuve de tant de générosité qu’elle en devient irrésistible et certains airs comme « Mi lusinga il dolce affeto » ou « Sta nell’ircana pietrosa tana » sont d'anthologie.



Le mais serait à trouver du côté de la direction d’orchestre plutôt discrète, moins stylée que la version Hickox et avec des tempi un peu lent (sans égaler Christie dans ce défaut)...

Cette version est absolument complète, sans coupure aucune ce qui est un plus mais souffre d’un bruit de salle un peu ennuyeux à la première écoute et puis, on s’y fait, mais je préfère prévenir…



Bon, en conclusion Hickox ou Bolton… Bolton ou Hickox… Allez, payez vous les deux !




Euuh, et en DVD ?

Y’en a pas on vous dit ! Enfin si, des bootlegs de Christie à retrouver sur You Tube et :


2000 Alan Hacker

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Je ne le connais pas, il a reçu un accueil mitigé (mais qui en intéressera certains d’entre vous, petits polissons) dans Diapason :

« Une fois encore, c'est la mise en scène qui disqualifie l'entreprise dans une pièce éclairée au néon, aux murs revêtus d'une tapisserie peu discrète, où évoluent des êtres tourmentés par la chair, fétichistes, de surcroît, si l'on en juge par le rôle des chaussures, et largement portés sur le strip-tease. Pour amateurs seulement »


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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #6 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:06

Les opéras de Haendel (suite)



2. Le deuxième cercle



Ces opéras sont moins réussis que les quatre précédents (le premier acte d’Ariodante par exemple n’offre que peu d’intérêt) mais la musique reste sublime.

Rassurez-vous, je ne vais pas entrer dans le détail mais donner une bonne version pour chaque titre.



Agrippina   (1709)

Composé lors du séjour de Haendel à Venise, c’est une œuvre toute de jeunesse (chronologiquement entre Cavalli et Vivaldi) dans le goût vénitien, débridé, exubérant avec des intrigues incompréhensibles, des coups de théâtre et des arias qui passent du bouffon au tragique sans logique apparente…

Mais l’œuvre est superbe et la version recommandée est celle de Gardiner avec les English Baroque Soloists et Della Jones chez Philips en 1991 (Si vous aimez Jaroussky, choisissez Malgoire 2003 mais l’orchestre n’est pas à la hauteur)

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Teseo (1713)

Créé à Londres avec succès, Teseo reste peu connu et peu enregistré mais, heureusement, une seule version suffit : celle de Minkowski chez Erato en 1992 qui est étincelante avec une Della Jones encore extraordinaire bien que commençant à perdre sa voix

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Alessandro  (1726)

Alessandro fut le premier des cinq opéras de Haendel composés pour les deux plus illustres prime donne de l'époque, Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni. Une œuvre pour « vrais » chanteurs donc et, malheureusement, une seule version avec Kuijken et René Jacobs, acceptable au plan musical mais pas extraordinaire pour les voix

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Orlando  (1733)

Créé à Londres au Haymarket, le 27 janvier 1733, lors de la quatrième saison de la Nouvelle Académie, avec Francesco Bernardi, dit Senesino, castrat alto, dans le rôle d'Orlando. On y trouve plus d'ariosos, de récits accompagnés, de longues séquences de musique continue" (tels la folie d'Orlando à la fin de l'acte II ou l’intervention du mage Zoroastro) et moins d'airs da capo que dans tous les opéras de taille comparable du musicien, qui s'empressa d'ailleurs de revenir à une structure plus classique dans ses deux autres drames tirés de L’Arioste, Alcina et Ariodante. Qualifié d’ « opéra magique », Orlando nécessite comme Alcina une grosse machinerie, un orchestre dynamique (mais avec distinction) , des voix qui portent (mais avec style en plus de la technique) et un sens aigu de la théâtralité qui n’est pas toujours au rendez-vous avec les versions existantes. On proposera la version un rien planplan de William Christie chez Erato en 1996

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Mais il existe deux autres versions :

Malgoire que je ne connais pas...

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et Hogwood chez L'Oiseau Lyre avec les grandes dames du baroque des seventies

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Ariodante   (1735)

Autre « opéra magique » tiré de L’Arioste et placé en Ecosse cette fois-ci, Ariodante est créé en pleine période critique pour Haendel en butte à la concurrence. Si la période n’est pas heureuse et le succès mitigé, il n’en va pas de même au disque avec la version la plus aboutie d’un opéra seria haendelien, celle de Minkowski en 1997 avec Anne Sofie Von Otter dans le rôle titre. Si vous ne devez écouter qu’une seule aria dans votre vie, choisissez la grande lamentation d'Ariodante "Scherza infida" et craquez tranquillement…

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Deidamia   (1741)

Dernier opéra de Haendel, composé en un mois, dépourvu de succès, peu joué, peu enregistré, cela commence mal… Lassé par des années de combats et des pertes d'argent considérables, alors que le genre de 1'oratorio lui attirait un immense public, Haendel ne croit plus à l’opéra. Après 1'échec d'Imeneo, quelques semaines plus tôt, il termine Deidamia dans la hâte et le désabusement.

Oui-da mais le même Haendel compose le Messie à la même époque et on peut compter sur lui pour torcher de l’art lyrique et si Deidamia n’est pas le top en termes dramatiques, on y trouve une palanquée d'airs sublimes. Depuis l’étonnant « Grecia tu offendi » d'Ulisse, à l'orée du drame, à l'étourdissant « Ai Greci questa spada » d'Achille, proche de sa conclusion.

Malheureusement, peu de chefs se sont attaqués à un opéra quelque peu méprisé (c’est humain) et, faute de mieux, je vous propose la plus récente version, celle de Curtis chez Virgin Classics en 2003.

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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #7 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:10

Les oratorios d’Haendel


Eh ouais, vous n’y couperez pas ! Le messie et tout le toutim… C’est comme pour le malheureux Deadman qui attend toujours Ella Fitzgerald sur le coin d’en face, il se passera des lustres avant que j’attaque Mozart… Non mais…

Plus sérieusement, j’aimerais vous réconcilier avec une musique faite pour les anges ou les démons aux belles figures à l’image de ce public aux goûts divers qui vint priser ou huer ses œuvres, à l’image de cet allemand obèse et mal tenu qui sut merveilleusement mêler le meilleur des musiques italienne française et anglaise en sus de son art pour en tirer profit.

Car c’est bien un entrepreneur notre Haendel... Oh, il perçoit bien quelques subsides et pensions mais c’est avec son argent qu’il monte opéras et oratorios et qu’il doit un jour faire face à la faillite, la prison pour dettes et la ruine physique… Alors, on peut comprendre qu’il tienne compte des goûts du public pour les chœurs en anglais même s’il va leur fournir du biblique à sa façon…

Alors que les sujets, provenant majoritairement de la bible, étaient religieux, les oratorios de Haendel ne vont pas être inondés spécialement de piété. Ce seront plutôt des œuvres pour les salles de concert et elles devront conserver toute la couleur musicale et le flair dramatique de l'opéra mais, contrairement à l'opéra où les airs étaient le centre de l'oeuvre, Haendel va faire des chœurs les pièces maîtresses et centrales de ses oratorios. Le style des chœurs va devenir un modèle pour les compositeurs de générations à venir et aucun, pas même Beethoven, n'atteindra son niveau. Et toc.


Messiah (1741)


L'année 1741 marque un tournant historique au niveau des finances de Haendel : le vice-roi d'Irlande l'invite, à Dublin, pour y produire un concert pour des œuvres de charité. Pour l'occasion, Haendel amène avec lui un nouvel oratorio. À l'encontre de ses oratorios habituels avec des personnages et une intrigue, celui-ci est basé sur une série de prophéties bibliques et méditations entourant la venue du Christ. Haendel avait écrit cette œuvre gigantesque en moins de 24 jours à partir du 22 août 1741.

Une partie considérable de cet oratorio est du matériel recyclé. Il a pris, par exemple, le chœur "For unto us a Child is born" d'un de ses duos italiens et le familier "Hallelujah" est un remaniement d'un chœur provenant d'un de ses opéras où un païen rendait grâce au dieu Bacchus - une chanson à boire.

Alors, par quoi commencer ?


1966 Sir Colin Davis (Philips PHS3-992)

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2006 Sir Colin Davis (LSO LSO0607 SACD et DVD)

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Une fois de plus, rien n’est simple et alors qu’on pouvait croire le diapason baroqueux définitivement adopté, une déclaration récente de Sir Colin Davis a mis le feu aux poudres :
« Les gangs baroques n'arriveront pas à nous voler cette musique ». Au regard de cette affirmation péremptoire extraite d'un entretien paru dans le Monde de la musique, le Messie que vient de graver Sir Colin Davis apparaît non comme un remake de sa version de 1966, mais comme un véritable manifeste. Quarante ans et une révolution plus tard, rien n'a vraiment changé dans l'approche du chef britannique, qui fit à l'époque oeuvre de précurseur en allégeant la pâte sonore.






Mais, quoi qu’il en dise, Sir Colin utilise tout de même un petit orchestre, des chœurs plus réduits, des tempi plus rapides etc.  Preuve qu’il a bien écouté la concurrence…



Bon, le messie est une œuvre qui a souvent été enregistrée et dans toutes les versions possibles car la partition a été maintes fois revue par Haendel lui même - sans compter la version dite Mozart sur laquelle je vais revenir.


La vraie question est : Quel genre de Messie voulez-vous entendre ? !


Sur instruments modernes, sur instruments anciens, avec le chœur d’origine, avec des chœurs gigantesques, plutôt classique, carrément baroque, du genre expansif ou du genre mystique, bref païen ou religieux ?


C’est qu’il y en a pour tous les goûts et depuis longtemps :

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Nous avons ici un 78 RPM de Louise Homer qui était une contralto américaine morte en 1947 et qui doit dater des années 1920 voire avant…



La réaction de Sir Colin Davis dont je vous parlais plus haut est compréhensible, cette musique fait partie de l’héritage culturel anglo-saxon et tout le monde écoute cela à Noël avec les « Christmas Carols » .

Du coup, certains se sont fait une joie d’y aller à fond :


1958 Eugene Ormandy avec un chœur extravagant de 375 voix (Columbia M2S 607)

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Bon, tout n’est pas à ch…, il y a même la belle voix de William Warfield, par exemple dans "Thus saith the Lord/ but who may abide?" mais les tempos sont lents mais lents comme si traîner 375 voix de mormons relevait de l’impossible… Un gag.


Après çà, vous pouvez oublier toutes les versions « classiques » de Klemperer (avec Schwartzkopf et Gedda),

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Ou Solti (avec Kiri te Kanawa), Bernstein, Beecham etc. et recherchez les versions plus récentes ou les instruments restent tous ou en partie modernes mais où un minimum de connaissance de la musique baroque apparaît. Oh, il n’y en a pas des tonnes ! On citera :


1976 Neville Marriner  (Pas la version de 1992 avec Anne Sophie Von Otter)

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C’est mieux mais loin d’être encore çà, surtout la partie orchestre. Pour le reste, ça déménage sévère dans la nef et c’est ce qui plait dans les pays anglophones… On peut s’en passer.



1978 John-Eliot Gardiner  (Philips 725 104)

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Ah Gardiner… C’est la version que beaucoup citent comme la meilleure ! La distribution  est superbe (dont Robert Hale), le choeur est absolument inégalé dans la discographie, avec une force, une homogénéité, des chatoiements vocaux, des accents émouvants, c’est tout simplement somptueux, mais…. Mais … on s'ennuie. Gardiner dirige ces moyens somptueux avec timidité, comme écrasé par la renommée de la partition, il réduit les contrastes, il se refuse le moindre rubato, le moindre pathos et il gâche ainsi une belle occasion de produire la version de référence…

Bon, vous avez compris qu’il y a pléthore de version et donc, une petite synthèse des plus récentes s’impose…


1980 Hogwood  (L’Oiseau-Lyre)

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Hogwood et l’Academy of Ancient Music ont souvent commis des enregistrements ennuyeux, particulièrement dans Vivaldi ou les Brandebourgeois, mais ils s’entendent bien avec Haendel : le brillant de l’orchestre, Emma Kirkby dans "But who may abide", la justesse du chœur (une spécialité anglaise, reconnaissons-le) et même la version retenue (celle de Londres 1745 et non Dublin 1742) concourent à cette réussite. C’est une des versions de référence anglaise sinon LA version…


1982 Harnoncourt I (Teldec)

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Harnoncourt fait de l’Harnoncourt (inversion de rythme) et ses chanteurs ont un accent en anglais qui peut gêner (surtout le chœur suédois et Marjana Lipovsek)…

Pour Harnoncourtistes furieux uniquement



1988 Pinnock  (Archiv)

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Avec une belle brochette : Arleen Augér, Anne Sofie von Otter, Michael Chance, Howard Crook, le tout se tient dans un esprit proche d’Hogwood mais avec le côté tonitruant des versions classiques. Cela aurait pu être une synthèse entre le vieux et le nouveau monde mais il ne suffit pas d’avoir des  tempos bien choisis, il faut aussi que l’orchestre soit à la hauteur des parties vocales et c’est là que le bât blesse…  D’ailleurs, il y a un détail qui tue dans l’Hallelujah, les trompettes sont en retard dans une reprise, cela f…. tout par terre, non ?



1994 Christie (Harmonia Mundi)

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Christie dans Haendel, c'est souvent aride et on aborde son Messie avec méfiance…
D’où l’heureuse surprise qui vous attend : d’abord les deux sopranos Barbara Schlick et Sandrine Piau sont excellentes et s’y ajoutent un André Scholl impérial et la belle voix de basse (plutôt baryton, je trouve) de Nathan Berg. Toutefois, Christie reste cependant Christie et confond Haendel avec la musique baroque française : ses chœurs manquent de clarté et d’unicité britiche. D’un autre côté, ils sonnent de façon plus humaine… Le son serait un poil meilleur, on aurait la version de référence non anglaise.



1997 McCreesh (Archiv)

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Une autre version de la partition est utilisée ici, il s’agit de celle connue sous le nom de « Foundling Hospital Version » avec, entre autres changements, des voix de femmes pour certaines arias.

Les tempos utilisés ici sont variés selon l’envie de Mc Creesh et peuvent surprendre mais le chœur est absolument splendide sans vibratos incontrolés ou échos, il est net placé, impeccable… Britiche on vous dit !
Le son est bien meilleur que celui de la version Christie et, hormis une mauvaise performance de Bernarda Frink, la contralto qu’on verrait mieux dans une opérette, cette version est plus que recommandable…



2001 Minkowski (Archiv)

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Alors là, chapeau ! Voilà une version qui va à l’encontre de tout ce que l’on a entendu auparavant, que ce soit dans le gigantisme hollywoodien ou  dans l’austère sépulcral…. Minkowski est parti de rien : il n’avait jamais conduit le Messie et n’a tenu compte d’aucune précédente interprétation. Il nous fait donc du Minkowski avec des tempos rapides, très rapides, parfois casse-gueule (Let us break their bonds asunder) mais également lent lorsqu’il le faut (He was dispised est à chialer debout). Le chœur est excellent, meilleur que celui de Christie bien que français et donc manquant de précision, l’orchestre est étonnant, les couleurs sont splendides (sauf pour le son bizarre de trompettes anciennes) mais le point fort ce sont les solistes (plus nombreux qu’à l’habitude) et, en particulier Charlotte Hellekant et John Mark Ainsley.

Bon, je crois qu’on tient notre version de référence non anglaise…



The Bach Collegium Japan  Masaaki Suzuki (Romanesca)

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Aie ! J’ai parlé trop vite…

La vache, ce que les nippons peuvent faire avec de la musique occidentale à de quoi f…. les boules à plus d’un chef sans imagination de la perfide Albion. Le pire, c’est que le seul point faible de ce (pouark) CD réside dans les solistes anglais John Elwes et David Thomas, manifestement en fin de carrière… Pour le reste, c’est parfait dans le style anglais, net, carré,



Jacobs  (Harmonia Mundi)

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Et encore une version différente ! On a là celle de 1750 qui avait vu le castrat Guadagni remplacer une alto et Haendel accentuer la difficulté vocale de la partition. Du coup, Jacobs transforme le Messie en une pièce d’orfèvrerie assez éloignée de l’esprit original, plus enlevée, plus profane.. Mais superbe.

La partie chantée par Guadagni est reprise par le contre ténor Lawrence Zazzo qui donne une dimension nouvelle à cette œuvre maintes fois entendue, le chœur est un chœur anglais comme il se doit (c’est celui du Clare College de Cambridge et il est spectaculaire) et le Freiburger Barock Orchester utilise des  instruments un peu différents de ceux qu’on a l’habitude d’entendre tels un luth et une harpe. Le tout est également une réussite mais dans un tout autre esprit qu’Hogwood au niveau de l’orchestration…



Harnoncourt II

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La dernière en date mais pas la meilleure à mon goût. Harnoncourt a, soit 1°) trop écouté les critiques virulentes de ses partis pris baroqueux des années soixante, 2°) soit viré définitivement classique et il nous propose une version… romantique ! Un comble…

Il y a des réminiscences de Sir Thomas Beecham chez le futur Sir Nikolaus avec des « vraies » cantatrices, des chanteurs qui en ont là où il en faut des rubatos en veux-tu en voilà avec, toutefois, un petit chœur et des tempos parfois inversés, bref un salmigondis « alla  Harnoncourt »

Pour amateur uniquement…



Et en DVD ?

Je dirais qu’il y en a deux qui s’imposent au plan musical :

Hogwood

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C’est la superbe version de 1982 mais filmée par un apprenti et constellée de gros plans bien lourdingues qui peuvent entraîner une légère somnolence chez nos anciens…



Minkowski

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A l’opposé, la version du messie de Minkowski est mise en image par William Klein sur le thème de la représentation de la croyance en Dieu par l'homme dans différentes régions du monde. Là encore, un parti pris qui peut déranger ou, simplement distraire l’attention de la musique


Sinon, dans le genre original, il y a :

1991 Kantorow

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Dans le cadre de l’Abbaye de la Chaise Dieu avec le chœur national de Lyon et l’orchestre d’Auvergne pour une version fouchtra…



Ah ouais, j’ai oublié la « Version Mozart » du Messie !


Alors là, soyons clairs : la version revue par Mozart n’apporte rien au schmilblik, au contraire, je la trouve même trop chargée, voire confuse et parfaitement étrangère à l’esprit de l’œuvre… Et toc.


Malgoire (Astrée)

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Une seule version encore disponible, c’est la vieille Malgoire… Pas étonnant que le corrézien n’aime pas Haendel s’il écoute des trucs aussi mauvais. Malgoire a pourtant fait une version écoutable dans les années soixante, bordélique certes mais chaleureuse… Ici, rien n’est à sauver


Bon, en conclusion, deux versions devraient pouvoir satisfaire le plus grand nombre : celle d’Hogwood et celle de Christie mais les plus aventureux tenteront Minko, voire Suzuki…. Jacobs peut aussi avoir ses partisans…
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #8 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:13

Les Oratorios de Haendel (suite)


Avant de poursuivre sur les oratorios de Haendel, faisons un sort à deux œuvres majeures : Semele (ou Sémélé en français, à ne pas confondre avec l’œuvre éponyme de Marin Marais qui est de 1709) et Hercules.

A proprement parler, ce ne sont pas des oratorios puisque composés à partir de la mythologie grecque et non de textes sacrés mais comme ce ne sont pas non plus des operas series puisque comportant des chœurs et chantés en anglais, du coup on ne sait plus où les mettre…


1744 Semele

Peu connu, Sémélé oratorio profane sur un sujet - les amours de Jupiter et Sémélé - tiré des Métamorphoses d'Ovide. occupe une place à part dans l’œuvre du « Caro Sassone » mais reste loin d’être un ouvrage mineur. Lors de sa création en oratorio à Covent Garden, le 10 février 1744, c’était rien moins que la célèbre soprano française Elisabeth Duparc dite « la Francesina » qui y chantait le rôle-titre et le ténor John Beard, celui de Jupiter.

Bien sûr, il y a du vaudeville dans les frasques de Jupiter dans le dos de Junon mais on traite également de la vanité dont celle de Sémélé, cataloguée bombe sexuelle mais qui s’avère n’être qu’une gamine qui veut tout et que rien ne comble, pas même l’amour du dieu des dieux. Ainsi, elle exige que Jupiter lui apparaisse avec tous ses attributs et se fait proprement….  foudroyer. Toutefois, même transposé en idylle champêtre, le cynisme d’Ovide ne fut pas du goût des bourgeois londoniens qui boudèrent l’œuvre jugée immorale (de l’inconvénient de faire chanter en anglais : en italien, les benêts n’y auraient vu que du feu !)

Il convient enfin de signaler que le premier acte, tout d’exposition est hyper gavant ! Mais que la suite est d’un érotisme torride…



Très peu de versions sont disponibles :


1956 Anthony Lewis L’oiseau-Lyre

Pour mémoire, je ne l’ai ni vu ni entendu



1973 Johannès Somary Harmonia Mundi

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Un peu vieilli mais Sheila Armstrong se défendait bien pour l’époque…



1982 John Eliot Gardiner Erato

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J’ai acheté cette version à sa sortie et cela avait été un enchantement. Il y a nettement mieux maintenant au plan vocal mais l’orchestre et les chœurs restent de première bourre…



1985 John Nelson  Legendary Recordings

En 1985, Kathleen Battle, Marilyn Horne, et John Nelson donne l'oeuvre au Carnegie Hall, avec le remarquable Jeffrey Gall. Tout sera extraordinaire, je cite : « Les solistes sont en forme superlative, se surpassant eux-mêmes. Et cela s'entend. Même l'orchestre et les choeurs, peu rompus à ce répertoire, font de cette soirée quelque chose d'inoubliable ».

Le problème c’est qu’il n’existe qu’un enregistrement pirate sorti sur Legendary Recordings et qu’il est introuvable…



1990 John Nelson Deutsche Gramophon

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Par le même en 1990 mais le miracle de 1985 n’est pas renouvelé. C’est quand même pas mal avec Kathleen Battle dans le rôle de Semele, elle donne au rôle un côté fragile qui n’était pas évident tout en restant l’ambitieuse un poil hystérique du rôle, la preuve :

Kathleen Battle chante “Myself, I shall adore”  Tout un programme…





2004 Marc Minkowski

A ma connaissance, rien n’est sorti à l’heure actuelle de ces représentations au Théâtre des Champs Elysées en février 2004. La direction de Minko a été fort critiquée (manque de précision, différences de dynamique entre orchestre et chanteurs etc.) mais, en revanche, les interprètes avaient été couverts de lauriers, en particulier Annick Massis en Sémélé :

Annick Massis chante “No, no, I’ll take no less”





2005 Stern

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Je ne le connais pas mais il y a l’excellente De Niese qui risque toutefois d’être un peu jeunette pour le rôle



2007 Christian Curnyn  Chaconne

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Sage, très sage. Rosemary Joshua est bien mais elle fait grande dame là où il faut une hystérique…

En revanche un DVD avec la version présentée à Aix serait le bienvenu car la sagesse a disparu :





2007 Joachim Carlos Martini Naxos

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Houla, que c’est froid. Martini fait dans le genre  oratorio luthérien chanté dans un sépulcre par des zombis… J’exagère à peine.

On peut s’en passer


2007 Christie

En fait, il nous faudrait cette version au disque ou en DVD. Avec Bartoli dans le rôle titre….

A comparer avec Battle dans le même « Myself, I shall adore » et avec les sous titres s’il vous plaît !




Après avoir succombé aux avances de Jupiter, une Cecilia Bartoli énamourée nous fait des confidences limite lestes « Endless pleasure, endless love »  puis, du lit d’où elle émerge dans l’état que l’on devine, elle lance ses pianissimi sublimes dans un magnifique  « O sleep, why dost thou leave me »… C’est vrai, on se le demande !

Le sommet c’est lorsque Jupiter lui refuse l’immortalité, Bartoli-Sémélé entre alors dans une colère aussi violente qu’avaient été langoureux ses précédents émois. Arpentant la scène en jetant les cadeaux qu’elle vient de recevoir, shootant dans les énormes cartons qui les contenaient, les envoyant à l’autre bout de la scène avec une fureur de femme trompée, gravissant le lit, repoussant rageusement Jupiter qui tente de la calmer, son « No, no ! I’ll take no less… » est un monument  :






1745 Hercules


« Hercules », c'est encore une injustice faite à Haendel ! On s'accorde aujourd'hui à reconnaître que cet « oratorio » est l'un des plus aboutis du compositeur. Et pourtant combien rares sont ceux qui le connaissent et combien de versions de m… a t’on du se farcir avant de l’entendre jouer correctement !

Haendel aurait bien voulu composer encore un opéra mais, en 1745, le public anglais ne souhaite plus entendre que des chœurs et de l’anglais !...  Vox populi, vox dei, Haendel tourne un épisode de la mythologie grecque en drame de la jalousie à partir du texte de Sophocle.

« Hercules » c’est du camouflage de génie. Techniquement, c’est encore de l'opéra historique italien, mais la forme en langue anglaise, simplifie l'action tout en l'intensifiant. Sans compter le côté piqué aux French pour les ouvertures et la pompe, sacré Frideric ! Avec l’âge, le talent de dramaturge de Haendel s’affirme : à mesure que son propos exalte l'expression des passions humaines (ici, c’est la jalousie), il se détache du développement scénique (Il sait trop bien que le décorum du théâtre italien détourne l'attention du spectateur et l'empêche de se concentrer sur le chant et la musique.)

Il tend progressivement vers une représentation épurée où le chœur, à l’instar de la tragédie antique, commente l’action, oriente le public et où chaque soliste exacerbe isolément, un sentiment spécifique. En fait d’action continue, il s’agit plutôt d’une suite de tableaux dans une progression dramatique linéaire : la jalousie naît (acte I), ronge (acte II) et culmine dans la folie (acte III). Au retour de ses douze travaux, Hercules détient en effet parmi ses captifs une bimbo d’enfer, Iole, dont son épouse, Déjanira, soupçonne qu’elle est son amante ; il faudra la mort du héros pour que, sombrant dans la folie, elle se rende compte de son erreur.

Tout ceci, qui est concentré sur la folie en devenir de Déjanira avec le minimum de personnages, nécessite un investissement physique considérable (3 heures en scène !) auquel s’ajoute des moyens vocaux et des qualités dramatiques du niveau des grandes figures lyriques (Traviata, Isolde, Elektra etc.) et ce n’est pas donné à tout le monde…


Bon, au niveau des versions, le choix est réduit :


1958 Lovro von Matacic (réed de 1981)

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A la Scala de Milan avec Schwartzkopf dans le rôle de Iole. Difficile à trouver mais il n’y a pas de mal ! Il serait impossible de faire pire dans le traitement de l’œuvre –qui plus est retraduite en italien pour faire encore plus Puccini peut-être ? Pas étonnant que les contemporains aient jugé grotesque la musique de Haendel ! ! !


1967 Brian Priestman (RCA Victor)

Surtout célèbre pour les chanteurs (Thérésa Stich Randall en Iole et Maureen Forrester en Déjanire) et difficile à trouver…



1982 John Eliot Gardiner (Archiv)

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On ne dira jamais assez ce que l’on doit à JE Gardiner pour la redécouverte de ce répertoire

Le Monteverdi Choir demeure inégalé ici : justesse, virtuosité, lisibilité jusque dans les entrelacs contrapuntiques les plus complexes, c’est l’acmé du chœur à l’anglaise ! Les English Baroque Soloists sont tout aussi somptueux et à la tête de ces deux ensembles d’exception, Gardiner peut finement développer finement le discours, recourir aux nuances et aux articulations les plus raffinées, et rendre sensible une vision dramatique oubliée depuis le XVIIIème siècle. Chapeau l’artiste !

A l’époque, quelques voix avaient critiqué le timbre de Jennifer Smith (Iole) mais Sarah Walker en Déjanira avait enchanté le public, en particulier dans la scène de la folie…




Franchement, c’était pinailler pour exister, ce coffret est une splendeur et s’il y a effectivement des coupures, on s’en f….



1984 Wolf-Dieter Hauschild (Berlin Classique)

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A écouter pour se convaincre de la perfection de la version précédente. C’est du masochisme, je sais…

Euh, Alleuze, tu peux développer ? Alors, c’est une version en… allemand. Warum nicht ? Mais traité à la prussienne avec un clavecin assourdissant, des tempos (oui tempos, tempi c’est le pluriel en italien pas en french, bande de cancres…), des tempos disais-je, avant d’être intempestivement interrompu, d’une lenteur de sénateur, des chœurs épais, mais alors épais… Bon, vous voulez vraiment que je continue ?

Bref, c’est à ch… On peut s’en passer.




2000 Marc Minkowski (Archiv)

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Bon, c’est un diapason d’or… Je sais que les grincheux vont dire que cela ne prouve rien mais tout de même !
Très peu de coupures et donc une version de trois heures au lieu de deux pour Gardiner, prévoyez des boissons.

Les Musiciens du Louvre sont incontestablement au niveau face aux English Baroque Soloists mais les chœurs n’auront jamais celui d’un chœur anglais sans pour autant être ringards… Mais la vision de Minko emporte tout à nouveau ! Je l’adore ce type, il jouerait du musette, il me ferait aimer l’accordéon….

Un autre des mérites de cette version est de restituer toute l’importance du rôle de Lichas, confié pour l’occasion à un contre-ténor : David Daniels qui s’en tire pas trop mal dans l’ensemble mais a du mal dans"Alcide’s name" par exemple… Il faut du coffre dans ces rôles et l’exemple vient de Anne Sofie von Otter qui restera la Déjanira idéale pour l’éternité

Fabuleux.



2004 William Christie (Bel Air Classique)

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A quoi bon après  Minko me direz-vous ?

Pour le DVD d’un Hercules monté à l'Opéra de Paris dans la mise en scène de Luc Bondy, avec les décors monacaux de Richard Peduzzi. Tout est prêt pour la tragédie, pour une fois Christie n’aplatit pas Haendel, et Joyce Di Donato tient la performance…. La preuve :

Joyce Di Donato « Where shall I fly ? »





2008 Joachim Carlos Martini (Naxos)

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Bon, Naxos, c’est une politique de musique “à pas cher” mais est-ce que cela doit devenir synonyme de n’importe quoi ! C’est le deuxième (pouark et repouark) CD de Martini que l’on croise et on se demande comment peut-on être aussi mauvais !!!

Ouais, je développe : le chœur et presque tous les interprètes ont un accent teuton à se bidonner, on dirait une mauvaise comédie avec Papa Schultz et même si l’orchestre est correct, cela suffit à déconsidérer l’ensemble…

Zirkulez, ya rien a foir...




Oratorios de Haendel (suite)


La plupart des historiens ont remarqué que les oratorios de Haendel représentent les plus beaux exemples de «musique monumentale », non seulement au XVIIIe siècle, mais de tous les temps.

On comprend que cela puisse agacer. Mais rien à voir avec, par exemple, la série de marches dites « Pump and circonstances » d’Edward Elgar qui rythment nombre d’évènements de la monarchie britannique.

Il y a du solennel, du grave, de la noblesse d’âme mais pas de pompeux chez George Frideric qui cerne à la perfection les sentiments de la foule et les concentre dans un chœur devenu depuis la caractéristique de la musique anglaise… Ce qui est d’ailleurs poilant si l’on sait que la première motivation d’Haendel est le coût du chœur bien moins élevé que celui des stars des opéras et, qu’ensuite, s’il y a un truc allemand à l’époque, ce sont bien les cantates !

Enfin, et pour préparer le public haletant à la liaison avec ce qui va suivre en musique, on notera qu’avec leurs chœurs, la diminution des airs à da capo et la multiplication des récitatifs accompagnés, les oratorios dramatiques de Haendel anticipent la réforme de Gluck. Eh oui !





Bon, alors, qu’est-ce qui vaut la peine d’être écouté comme oratorio ?


Comme pour les opéras, un tri s’impose et je dirais qu’il y a une première série avec :


1736 Alexander's Feast


NB : On parle ici de Alexander's Feast HWV 75 (à ne pas confondre avec le Concerto grosso Op3 "Alexander's Feast",  en do majeur HWV 318 )

"Alexander's Feast", sous-titré "The Power of Music", est un authentique chef d’œuvre, probablement le meilleur oratorio « paien »de Händel, d'une grande intensité dramatique et d'une palette musicale très riche (notamment l'orchestre), offrant au chœur un rôle très important avec toute la panoplie des sentiments depuis la tendresse susurrée jusqu’à la fureur débordante…

Très joué à l’époque, Alexander’s Feast est un peu oublié aujourd’hui et on ne trouve guère que trois versions


Deller (1964 Vanguard Everyman Classic ou Bach Guild)

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Un rare exemple de Deller à la direction. Cette version ne se trouve plus que sur Ebay US en LP ou sur Amazon Us en CD. Elle en vaut la peine pour la verve et l’inventivité du vieil Alfred…



Harnoncourt (1979 Das Alte Werk)

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Mouais. Très bonne direction d’orchestre  mais chœur (fondamental ici) à côté de la plaque.



Gardiner (Philips 1988 réed de 2006 en CD)

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Ne cherchez plus, Gardiner que j’ai un peu égratigné dans le Messie est ici incontournable. Tout est parfait, solistes, chœur, orchestre, mise en musique, c’est le summum.

NB : Le festin d’Alexandre est assez court, je vous conseille de commencer par là…




1739 Israel in Egypt

Le chœur des juifs captifs bien avant le « Va pensiero » de Verdi ! Israel en Egypte est probablement le plus grandiose de tous les oratorios d'Haendel et le chœur est l’élément essentiel.


Concurrence toujours réduite et uniquement des chefs anglais pour un répertoire on ne peut plus britiche…

Mackerras (1971 Archiv)

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Bof.


Preston (1976 Argo)

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Mouais.


And the winner is :

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Encore une fois Gardiner, couplé en plus dans le CD avec « Zadok the priest » où se trouve une « anthem » du couronnement absolument grandiose….



1749 Solomon


Pour Solomon, la disco est exemplaire ! Deux versions, l’une vieillotte à souhait, l’autre parfaite jusqu’à une éventuelle nouvelle version ! Peut pas faire plus simple, bande de gras feignants…


Beecham (195 ? Columbia)

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Gardiner (1984 Philips)

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Encore Gardiner, oui da, mais les doubles choeurs sont sublimes et l'archi célèbre air de l'arrivée de la Reine de Saba avec hautbois solo "will the sun forget to streak" est à fondre sur place…




Bon, en résumé, Gardiner, Gardiner et Gardiner. Vous arriverez à vous en souvenir ?




PS Je dois à la vérité de dire que j'ai oublié la version de Paul McCreesh faute de l'avoir écoutée

et qu'il semble que ce ne soit pas sale (avec Andreas Scholl !) :








Oratorios d'Haendel, suite et fin



Bon, on en termine avec Haendel…

Même les plus bornés d’entre vous (j’ai des noms) auront compris que J.E. Gardiner est THE spécialiste du « Caro Sassone » mais s’il vous vient l’envie de changer des oratorios connus, voici quelques suggestions, et d’œuvres et d’interprétations…


1718 Esther

Esther est une oeuvre magnifique trop peu connue et qui réemploie des chœurs de la « Bockes Passion ». Je vous passe les détails bibliques et vous incite à vous concentrer sur la musique, l’œuvre est courte mais on y trouve une dizaine de « solos » qui valent la peine tels « Oh, Jordan, Jordan, sacred tide » ou de chœurs comme « Ye sons of Israel » ou le final particulièrement long, trop peut-être…


Christopher Hogwood  Decca

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Harry Christophers  Coro

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Pour Esther, on peut choisir Hogwood (dont un coffret est ressorti couplé avec Athalia, le Messie et La Resurrezione qui est un oratorio de jeunesse en italien). Sinon il y a la version  par Christophers qui est également très bien…




1733 Athalia


D’après l’Athalie de Racine, vous ne serez pas dépaysés par le livret ! Mais malheureusement traduite par un obscur tâcheron avec un anglais pompeux mais pompeux…

Plutôt rare, vous trouverez soit la version d’Hogwood, signalée plus haut, soit l’originale  avec les stars incontournables du baroque : Kirkby, Bowman etc.

Christopher Hogwood  L’Oiseau-Lyre

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1739 Saül

Composé à la même période qu’Alcina et Ariodante, Saül est l’oratorio le plus dynamique de Haendel, avec une dramaturgie largement digne de ses opéras italiens. Plusieurs versions s‘affrontent ici avec les classiques Gardiner, McCreesh et le peu convainquant Harnoncourt mais c’est la version de Jacobs qui est la plus théâtrale, and therefore, la plus fidèle à l’œuvre…


John Eliot Gardiner, Philips 426 265-2

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Paul McCreesh Archiv

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Nikolaus Harnoncourt Teldec

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René Jacobs Harmonia Mundi

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1743 Samson

Le meilleur livret –et de loin, inspiré par Milton ce qui donne un superbe anglais sans boursouflures ni phrases pompeuses (vous allez me dire, on s’en fout, mais je trouve que c’est un plus) et des moments extatiques comme l’aria « Total eclipse » à la fin de l’acte II et des chœurs tous plus magnifiques les uns que les autres…

Nikolaus Harnoncourt, Teldec 9031-74871-2 (1993)

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Harry Christophers Coro

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Raymond Leppard Erato

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Une des meilleures interprétations haendeliennes d’Harnoncourt (avec Belshazzar) mais on peut lui préférer Christophers, toujours pour les chœurs, auquel cas on appréciera encore plus la « vieille » mais magnifique version de Leppard avec de « vrais » chanteurs (Janet Baker, John Shirley-Qirk etc.) !




1747 Judas Maccabaeus

L’oratorio le plus joué du temps de Haendel (après le Messie tout de même) pour des raisons bassement politiques : célébrer la victoire des angliches sur les écossais à Culloden d’où le hit de l’époque « See the conquering hero comes » aussi souvent fredonné (ou massacré) que le seront plus tard les airs de Verdi…


Robert King Hyperion 2CD/601MB

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Oubliez le reste (Somary, Mc Gegan etc.), voici la version « ultimate ». Avec une des divas du baroque anglais, Emma Kirkby



1748 Joshua

Connu pour le chœur sur l'effondrement des murs de Jéricho : « Glory to God » et celui où la trompette tient une note pendant un nombre incroyable de mesure, symbolisant l'arrêt du soleil : « Behold ».


Robert King Hyperion

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Avec Emma Kirkby, bien connue de nos services (et superbe dans  "O Had I Jubal's Lyre" ) et l’Oxford Choir of New College. Ne cherchez pas plus loin, la relève de Gardiner est désormais assurée.



1752 Jephta

La « dernière œuvre » de George Frideric, sa plus « mystique » également… Avec l’approche de la fin, le discours se fait plus intérieur, plus pressant… Le thème s’y prête : Jephté victorieux a fait le vœu de sacrifier à Dieu le premier être qui se présentera… en l’occurrence sa fille. Reste la solitude face au choix écrasant…

J’ai encore une vieille version par Marriner que je garde pour une jeune Emma Kirkby et Paul Hesswood :

Neville Marriner Argo 414 183

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Gardiner, of course… Et en prime, vous en avez trois supplémentaires chez Philips :

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Et encore :

Nikolaus Harnoncourt, Teldec 8.35499 ZB 242 592-2 (1986)

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Jürgen Budday 2003

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Avec l’incontournable Emma Kirkby. Pas écouté
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #9 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:16

Les œuvres lyriques de Jean-Philippe Rameau



Moins prolifique que Haendel, Jean-Philippe nous a tout de même légué 28 œuvres assimilables à des opéras bien qu’aucune ne porte stricto sensu cette appellation…

Alors que Haendel commençait très jeune son métier, Rameau a composé son premier « opéra » à cinquante ans, âge plus qu’avancé pour l’époque, ce qui a permis à nombre de ses détracteurs de mettre en doute sa capacité dramatique par manque de métier

Si l’on peut admettre l’argument pour le livret de « Hippolyte & Aricie » en 1733 - je ne parle pas de la musique qui flanque le vertige, cela ne colle déjà plus pour « Castor & Pollux » qui est un chef d’œuvre et je pense pouvoir mettre « Les Indes Galantes », « Platée » et « Les Boréades » dans le même bateau…



1733 Hippolyte et Aricie 1733


Première « tragédie lyrique » (il y en aura cinq) d’un « débutant » de cinquante printemps, sur un livret de l'abbé Pellegrin, tiré de Phèdre de Racine (déjà des best sellers à l’époque), avec les adaptations nécessitées par la tradition de la tragédie en musique « à la Lully » soit une abondance de personnages, des dieux personnifiés et un max de divertissements choraux, rondes et ballets à chaque acte. Plus quelques emprunts à Sénèque et Euripide. Bon, c’est vrai que cela fait un peu désordre…

D’emblée, c’est le succès. Campra aurait déclaré alors : « Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ; cet homme nous éclipsera tous ». De fait, Hippo & Ari sera joué 123 fois entre 1733 et 1767 quand le malheureux Haendel tirait quatre misérables représentations d’Alcina !  Mais tout se paye : la cabale des « Lullystes » s’abat sur JP.

Que reproche t’on à notre Rameau. D’en faire trop, d’être comme le disait Diderot « singulier, brillant, composé, savant, trop savant quelquefois ». Pauvres classiques ! Le JP va leur balancer en pleine poire une science du coloris orchestral, une parfaite utilisation du langage harmonique à des fins expressives, une construction savante des chœurs et une perpétuelle richesse d'écriture des danses et des divertissements ! Faut comprendre que certains aient pu s’en outrer…

Mais on y est pas encore : il faut reconnaître honnêtement que Hippo & Ari n’est pas du même niveau que la suite de l’oeuvre de Rameau. C’est assez monumental, plutôt statique, la structure est mal fichue avec une lamentation au début de chaque acte, un second acte qui n’en finit pas et un cinquième acte entier pour l'après-dénouement (comme c'est courant à cette époque). Il reste la musique…



Bon, trève de bla bla, qu’y a t’il à se mettre sous la cellule ?


1950 Roger Désormière L'Oiseau-Lyre OL50034

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Il s’agit en fait d’extraits d’après une partition publiée sous la direction de Saint Saëns et revue par d’Indy et c’est vraiment pour les malades collectionneurs.



1965 Anthony Lewis L'Oiseau-Lyre SOL 286/8

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Interprétation avec des chanteurs «  à voix » (Janet Baker,Angela Hickey, John Shirley-Quirck etc.) mais trop datée au plan musicologie.. On peut se laisser tenter par le double CD ressorti en 1997 chez Decca.

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1978 Jean-Claude Malgoire, CBS 79314

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Direction approximative, à la Malgoire, mais émouvant.



1979 La Petite Bande & Sigiswald Kuijken, Deutsche Harmonia Mundi GD 77009

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Baroquement correct mais sans plus. Pas cher en revanche.



1983 John Eliot Gardiner

Superbe représentation avec Jessye Norman et José van Dam diffusée par France Musique mais, malheureusement, jamais sortie au disque.

Pour se faire une idée :






1995 Mark Minkowski

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Avec tout le petit monde du tout baroque actuel : Véronique Gens, Jean-Paul Fouchécourt et Laurent Naouri auxquels s’ajoute la très belle voix de la mezzo-soprano argentine Bernarda Fink qui chante Phèdre. Minko a choisi la seconde version remaniée par JP lui même vers 1742.



1997 William Christie

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Bon, allez, c’est la version recommandable. Bill a choisi la première version de l’œuvre et si l’acte I est moins dans l’urgence que celui de Minko (par ailleurs, plus équilibré dans l’ensemble), les deux derniers actes sont géniaux avec une mention spéciale à la Delunsch dans l’air de la chasse.




1737 Castor & Pollux



Pendant les sept années de 1733 à 1739, Rameau pète le feu et passe la surmultipliée en composant ses œuvres les plus célébrées : trois tragédies lyriques (après Hippolyte et Aricie viennent Castor et Pollux en 1737 et Dardanus en 1739) et deux opéras-ballets (Les Indes galantes en 1735 et Les Fêtes d'Hébé en 1739).

Qualifiée donc de « Tragédie lyrique », l’œuvre se compose d’un prologue et de cinq actes. Le livret de Bernard est d’une paisible linéarité : l’histoire de Pollux qui, bien qu’épris de la fiancée de son demi-frère Castor, ramène ce dernier des Enfers (fastoche, lui est immortel) et se prive donc de la jouissance de la belle… Tout ceci se prête aux plus nobles accents.

Pourquoi Castor et Pollux s’interrogent les philosophes du forum en contemplant leurs verres vides ?  Parce que ce sujet est une métaphore poético-musicale de la philosophie cartésienne appliquée à la tragédie. Et toc.

Comment ça, un peu court… Ouais, bon, je développe : du mouvement des passions de l'âme dépend le bon ordre de l'univers. La rivalité de deux demi-frères inséparables à propos de la même femme place la dualité amour/amitié dans le champ d'une double attraction, l’attraction contrariée des héros rectifiée in fine par l'attraction harmonieuse des planètes, selon le «bon plaisir» du maître des dieux, Jupiter… Vache, c’est chiadé, nous déclare Pedro.


La première version ne fut pas un succès durable : officiellement  pour cause de querelle des bouffons (Lullystes contre Ramistes) alors que Jean-Philippe reprend le rituel musical tragique du même Lully ! Va comprendre Charles, nous déclare Arthur… Dix-sept ans plus tard, en 1754, ce même opéra profondément remanié par les mêmes Bernard et Rameau fut lancé à nouveau. Cette fois, Castor et Pollux, devenu le modèle du style français opposé au style italien, cassa durablement la baraque…

Curieusement, la plupart des versions se réfèrent à la première mouture de 1737. C’est que cette version, certes moins équilibrée, est considérée comme plus riche musicalement : Rameau a articulé la partition sur l’opposition de deux tempéraments : l’un martial, sévère (qui domine l’Ouverture, l’Acte I et l’Acte III), l’autre délicat et langoureux (prévalant aux Actes II et IV).  De fait les caractères sont plus sensibles dans la première version mais il y a beaucoup de moments forts dans la seconde notamment la mort de Castor, mais aussi les retrouvailles…

Et dans la série « Ceux qui se la pète » je vous rappelle la célèbre interrogation de Claude Lévi-Strauss lorsqu’il mentionne la déroutante formule modulante «Fa-La-Mi» (acte II, scène 2, version 1754) qui symbolise depuis le XVIIIe siècle l'audace de Rameau….



Bon, c’est pas tout çà mais on écoute quoi ?

Vous noterez que je ne parle ici que des versions complètes et que je ne mentionnerai pas les disques où ne figurent que les suites (Mackerras, Brüggen et Rebel principalement)



1960 Castor & Polluce Melodram MEL 165

En 1960, une version abrégée en un prologue et quatre actes de Castor et Pollux a été enregistrée en italien pour la radio napolitaine par le Choeur et l'Orchestre de la RAI de Naples, sous la direction d'Alberto Erde.

C’est difficile à trouver mais c’est chic à citer !



1972 Castor & Pollux, version 1737. Choeur de Chambre de Stockholm, Concentus Musicus & Nikolaus Harnoncourt, Teldec

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C’est devenu historique mais quel pied quand on l’a découvert ! Les timbres sont encore expérimentaux, avec des violons à la fois chaleureux et un peu hésitants et avec un clavecin très métallique. Maintenant, ce qui frappe, c’est le tempo lent (P…., que c’est lent !) et le continuo absent, à la limite du tenable pour du théâtre déclamé. Harnoncourt poursuit ici la tradition qui traite la tragédie lyrique en musique pure, et ça fonctionne mal. Sinon, très jolie voix de Jeannette Scovotti et bon traitement des danses…



1982 Castor & Pollux, version 1754. Choeur et Orchestre baroque de l'English Bach Festival & Charles Farncombe, Erato 750 323

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C’est bien mais il y a tellement mieux.



1993 Castor & Pollux, version 1737. Les Arts Florissants & William Christie, Harmonia Mundi HMC 901435, 1993 (3CD).

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Bon, c’est THE version mais attention, c’est de la tragédie donc il n’y a pas la flamboyance qu’on peut trouver dans d’autres œuvres. Mais avec Christie, on a l’élégance déjà trouvée dans le  Christie des Petits Motets de Lully et de Charpentier. La version de Gardiner, non disponible, est plus folle, plus guerrière mais l’aspect dramatique est d’une grande intensité chez Bill Christie et il y a des solistes de rêve : Véronique Gens, Sandrine Piau mais surtout Agnès Mellon dans "Tristes apprêts, pâles flambeaux" et des chœurs somptueux : l' entrée d'Hébé et de sa suite « Connaissez Notre Puissance »

Bref, c’est superbe.



1998 Castor & Pollux, version de chambre de 1754. XVIII-21 Musique des Lumières & Jean-Christophe Frisch, Astrée Auvidis 8624

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Une originalité avec cette version dite « de chambre » Les opéras du 18e siècle étaient plus souvent donnés dans les versions de chambre que dans la grande forme, réservée à l'Académie Royale de Musique. La plupart du temps, on montait des tréteaux, on rassemblait les musiciens disponibles, et on chantait Castor et Pollux. C'est pour cela que les versions de chambre sont les seules éditées à l'époque. Rameau apportait un très grand soin à cette version éditée, car il savait qu'elle contribuerait pour une grande part à son succès. Il a fait en sorte que tout sonne bien en petit effectif, transformant parfois beaucoup la musique. J’aime beaucoup cette version « de poche ».



2004 Castor & Pollux, version de chambre de 1754. Aradia Ensemble &  Kevin Mallon, Naxos,  8.660118-19

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Encore une version pas chère de chez Naxos. Et que vaut-elle ? Pas cher.

Kevin Mallon a étudié avec Gardiner, a été un temps premier violon de Niquet et a également travaillé pour les Arts Florissants. Et bien, avec un tel background, nous sortir un truc aussi ch… et mou, relève de l’exploit. Surtout après la version précédente. Bon, il est vrai que c’est pour un public canadien certainement moins pinailleur que nous…



2007 - John-Eliot Gardiner, Castor & Pollux version de 1754 avec Sophie Daneman, Jennifer Smith, Anders Dahlin, Laurent Naouri….

Seulement diffusé sur France Musique[s] à ce jour. Mais au vu de la grande attente et du grand succès, on peut espérer une sortie commerciale…


2008 Christophe Rousset  DVD Arte

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Finalement, le DVD apporte réellement un plus pour ces œuvres que le grand public a le plus grand mal à voir sur scène. Au risque de hérisser le système pileux de certains, je vous encourage à emprunter systématiquement les DVD avant d’écouter  les (pouark) CDs afin de vous familiariser avec les démêlés et les grands moments.

Ici, je suis assez réservé sur Rousset qui nous a superbement massacré Zoroastre avec la même équipe mais, bon, faute de grives….




1765 Les Boréades


Ah, les Boréades !

Si vous ne deviez écouter qu’un seul morceau de Rameau dans votre triste, morne et insipide existence, j’exige que ce soit un extrait des Boréades…

Je gage dès lors que vous n’aurez de cesse de vous sortir de ce carcan de médiocrité, de cette gangue de plouquitude convenue qui vous fait citer Mozart à chaque fois que l’on vous demande  « Quel est votre musicien préféré ? » Et vous répondrez comme le mérovingien (Lambert Wilson) dans Matrix Reloaded : Rameau ! Nom de D.... de p…. de b….. à c….. d’…. de ta m…. etc.


Et, à tant faire, exigez que ce soit ce flemmard de Minko qui dirige :


Les Boréades- Marc Minkowski à l’Opéra Garnier






Les Boréades - Minkowski (bis)



La gavotte avec les piccolos :




Quand je pense que ce moins que rien de Minko n’a même pas jugé bon de nous produire un petit DVD des familles de sa version ! Il y a des genoux à briser qui se perdent…


Consolez-vous avec les extraits qui figurent sur ce (pouark) CD :


Rameau - Une symphonie Imaginaire - Marc Minkowski Archiv 2005


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Bon, les Boréades donc.


Comme je vous sais incapable de vous concentrer sur plus d’un paragraphe, je vous ai fait une petite fiche :

1) C’est la dernière tragédie en musique  sur les cinq écrites, elle ne fut jamais représentée du vivant de Rameau.

2) Bien qu’elle ait été donnée en 1963, sa véritable création est celle de Gardiner à Aix en Provence en 1982.

3) C’est une œuvre empreinte de mystère et d’une nostalgie d’un poids terrible voire limite malsain mais le pauvre Jean-Philippe était sur le point de claquer et on peut lui passer quelques instants de laisser-aller.

4) C’est superbement dansant ! Et c’est à voir sur scène pour cela. Gardiner nous explique quelque part dans un Diapason qu’il a fait jouer des percussionnistes zoulous sur cette musique et qu'ils se sont intégrés immédiatement, à l'instinct ! Oubliez vos enceintes sirupeuses, faites péter les JBL ! ! !

5) Ecrite deux ans après l'Orphée de Gluck qui constitue traditionnellement le premier opéra classique, les Boréades sont devenues par la force des choses le dernier opéra baroque...

6) L’histoire ? Quoi l’histoire, on s’en f… de l’histoire ! Allez voir sur Wikipedia…

En gros, deux êtres s’aiment mais tout les sépare à commencer par un Dieu cruel… En plus tous les noms se ressemblent Adamas, Alphise, Abatis, Appolon, à part ce dernier on ne sait plus qui est qui…  ‘tain, dit comme çà, y’a  de quoi fuir mais faut entendre ce qu’en fait Rameau, le vieux Rameau, le Rameau démodé de la querelle des bouffons, le Rameau raillé par ce jean-f…. de Rousseau…

D’abord il y a cette ouverture géniale et terriblement exigeante pour tous les pupitres, ensuite il y a cette esthétique théâtrale d’une richesse extrême avec une tétrachiée de métaphores et de liens entre ce qui est naturel, chtonien et ce qui relève du surnaturel ( le paquet d’orages et d’éléments déchaînés qu’il y a dans ce livret !) enfin il y a ce perpétuel rythme de danse, ce ballet permanent, sans fin, à peine ponctué par le déroulement des actes et qui rappelle que l’époque dansait véritablement sur le bord du gouffre et que le vieux l’avait certainement compris…


Et quelles galettes nous conseillez-vous cher Alleuze ?


Ce sera rapide tellement le catalogue est chiche :


1982 Gardiner (Erato)

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La version originale, tellement poignante avec les chœurs à l’anglaise du Monteverdi Choir, les voix toutes majeures d’une distribution étincelante, la maîtrise étonnante pour de jeunes musiciens dont font preuve les « English Baroque Soloists »,  rien à jeter là dedans…

J'ai cet album depuis sa sortie et je ne m'en suis jamais lassé. Cela se trouve encore sur la baie, comptez dans les 15 € pour un bel exemplaire...

Incontournable.


1986 Brüggen (Philips 420 420-1)

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Les suites, seulement les suites mais de superbes suites à écouter des heures durant…

Privé de l’appareil de la danse on sent ici ce que Gluck va récupérer de l’héritage français : il y a chez Rameau le futur orage d’Iphigénie en Aulide ou l’ouverture d’Orphée, tous deux dans la version de 1774…

Là, pour le coup, le vinyle est rare mais le (pouark) vous savez quoi existe....


NB. Je vous fais grâce de la version des suites sorties chez Naxos en 1995 par la Capella Savaria & Mary Térey-Smith… Pas du même niveau, tout simplement.



2003 Christie  (BBC Opus Arte O899)

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La version la plus récente et en DVD. Y’a pas à hésiter : foncez !

Pour vérifier l’importance de la danse dans la tragédie lyrique à la française, la maîtrise atteinte par Bill Christie dans le répertoire français (ce qui lui autorise bien des audaces qui sont les bienvenues) et les qualités vocales des chanteurs (on titillera la maîtrise du français de Barbara Bonney mais c’est du chipotis) Et puis les extravagances de la mise en scène valent le détour, neige, parapluies, new look Dior, you name it…

Bref, une splendeur.



Il se disait en 2007 que Gardiner un peu gêné par les tempos rapides des nouveaux interprètes Christie, Minko mais également Rousset, allait nous faire un come back....   We are still expecting such a performance, dear John Eliott....





1735 Les Indes Galantes


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Bon, encore une splendide occasion de chicore et de frittage tant les versions sont sujettes à discussions autour de cet opéra-ballet dont le livret –à la limite du grotesque, est surtout prétexte à un spectacle total « à la française »

Au départ (Prologue), une querelle de déesses : Hébé, la jeunesse contre Bellone la belliqueuse se disputent les jeunes amants qu’Amour envoie ensuite aux quatre coins du globe voir si ils y sont… Tout un programme

Imaginez ensuite quatre scènes (on parle « d’entrées ») dans quatre pays fantasmés : chez les turcs, les incas, les persans et les indiens d’Amérique où se déroule une succession d’épisodes plus ou moins dramatiques : amants séparés, éruption volcanique ( !), concurrence amoureuse, conquistadores… On n’y comprend pas grand-chose mais on s’en tape  – les « entrées n’ont pas de lien entre elles, si ce n’est un évident parti de montrer des occasions de fêtes et de réjouissance une fois les épreuves passées…

Et alors, là quel panard ! Rameau se déchaîne, nous fait une grandiose ouverture dans la tradition de Lully puis enchaîne les tours de force : l’air « Clair flambeau du monde » des Incas, la fête des fleurs des Persans, le rondeau des Sauvages etc.

Vous l’avez compris, le tout est un prétexte à un délire exotique de palais où l’on montre l’étrangeté du reste du monde à une assemblée partagée entre l’effroi et l’éclat de rire nerveux, l’émerveillement et la franche poilade…



Je vous épargnerai la préhistoire…

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Et c’est tant mieux car la version Hewitt des Discophiles français en 1942 pour incomplète qu’elle soit n’en comporte pas moins quinze 78 RPM (une fortune à l’époque). Cela dit, elle existe en (pouark) CD  (Cascavelle VEL 3092).

A fourguer.


195… Nadia Boulanger Decca DCM 3211

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Au commencement était Nadia Boulanger. C’est elle qui a retrouvé le vieux Rameau lyrique totalement oublié et on lui doit, pour cela, une bienveillante affection (Sans compter qu'elle a formé le jeune Gardiner !)

A vénérer.


195… Fernand Oubradous Pathé DTX 145

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Il n’en va pas de même avec les essais qui ont suivi. Celui-ci hésite entre le grotesque et le pathétique. C’est selon votre humeur…

A tant faire, autant ressortir une de ces innombrables versions kitsch dirigées par Louis Fourestier à Garnier de 1952 à 1965.

A oublier.



1974 Jean-Claude Malgoire CBS

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Comme on a souvent pu être injuste avec Malgoire ! Et pourtant son principal mérite est d’avoir osé avant tout le monde s’attaquer à des œuvres non jouées depuis des siècles et défricher pour la gloire d’autres les problèmes qu’elles posaient…

C’est bien le cas ici : l’essai n’est pas parfait mais c’est l’acte déclencheur du renouveau, c’est en tout cas d’une totale honnêteté, c’est enfin théâtral comme cela doit l’être et surtout cela donne l’envie de réentendre Rameau pour la scène…

On ne peut que regretter que la reprise de 2006 qui a beaucoup fait parler d’elle n’existe pas au disque.

A conserver



1974 Jean-François Paillard Erato

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JF est plus sensible à la musique que JC. Son devoir est propre, les marges sont correctes, l’orthographe est bonne mais qu’est ce qu’on s’em….. Musicalement, c’était bien pour l’époque mais maintenant c’est daté (le côté pompeux typique) et le sens de la danse de l’opéra-ballet lui est aussi étranger qu’un tablier à une vache…

A brader



1991 William « Bill » Christie Harmonia Mundi

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La version de référence en (pouark) CD enregistrée à Aix en juillet 1990. C’est parfait, que ce soit au niveau des chœurs ou des pupitres, manque seulement la féerie de la scène…

A conserver



1995 Jean-Christophe Frisch  Musisoft

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C’est ici la version dite « de chambre ». Souvenez-vous, je vous ai déjà parlé de cet usage de jouer ces pièces dans les châteaux en petit comité  – rares, somme toute, étant ceux qui avaient l’apanage de les écouter en grand apparat à Versailles ou à l’Académie Royale.

Ici, je suis moins convaincu, la version de poche manque de bons gros délires et les solistes sont d’un niveau moyen. Mais, bon, c’est original et si vous ne savez pas quoi faire un après-midi pluvieux chez Madame la Comtesse, vite deux tréteaux, quelques violons et en voiture Simone Hébé…

A cocooner



2005 William « Bill » Christie II   DVD Opus Arte

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Achetez ce p…. de DVD ! Tout blabla serait inutile. C’est la meilleure version possible pour la scène parce qu’elle est total délire ! Inimaginable sur la scène du Met ou de Covent Garden, généralement plus resserrés du colon… Filmé en septembre 2003 à Garnier, l’enthousiasme du public est communicatif.

La scène finale ou Billou grimpe sur scène et improvise un « walk like an egyptian » avec le reste de la troupe vaut son pesant de cacahuètes.




A user sans réserve (3 heures et demie tout de même…)


Un seul regret, la version de Marc Minkowski n’existe pas. On a de lui que les extraits donnés à l’opéra Garnier et je ne résiste pas au plaisir de vous faire comparer les tempos différents sur un même passage (l’ultra célèbre rondeau des Sauvages) :


Minko à l’Opéra Garnier :

« S’ils sont sensibles…. »




Le même rondeau par Christie :




Tempos certes plus lents que ceux de Minko, mais choréographie percutante et l’enfant terrible du baroque français : Petibon…



Euh, Cher Alleuze… Et Leonhardt, et Brüggen ?


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Le premier avec le Collegium Aureum dans la version Aix 1976 et le second ne nous livrent que les suites. Ok pour l’époque mais, « un peu court jeune homme » pour maintenant

Et il y en a un paquet d’autres : Gilbert et les transcriptions pour clavecin, les suites de
Kehr, Couraud, Mackerras, Herreweghe mais nous parlons d’un opéra-ballet et vous m’accorderez qu’il faut y mettre ce qu’il faut…



1745 Platée


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Je conçois que Platée ne soit pas l’opéra le plus prisé de Crapaud Taré : les batraciens en prennent pour leur grade et la farce est cruelle ! Mais l’œuvre, créée à Versailles pour le mariage du Dauphin (un comble dans la mesure ou il y a un mariage bidon sur scène) a d’abord été vue comme un ballet bouffon fait pour divertir et rappeler au besoin, à ceux qui se haussent du col, que la honte les attend…

Oui da, on sait que qu’il est advenu de ces derniers : ce sont eux qui ont ratiboisé le col des puissants.

Premier avantage de Platée pour les feignants que vous êtes : il est assez facile de suivre l’action.  Pour se payer la fiole de Junon, son épouse, qui lui prend la tête et les génitoires avec sa jalousie, Jupiter feint d'aimer la Reine des Grenouilles, Platée, "superbe" nymphe en son marais... L’exquise habitante de l'onde marche complètement dans la combine, se croit aimée, se voit triomphante mais lorsqu’elle espère l'hymen prononcé, Junon furieuse interrompt la noce, se prépare à exploser la tronche de la pétasse puis… s'esclaffe en dévoilant la promise et finit par reconnaître, une fois soulagée, qu’elle s’est fait avoir... Tout est bien qui finit bien sous l’ancien régime : La Reine réconfortée retourne avec son Roi sur l’Olympe, mi amusée, mi choquée d'avoir cru un temps être détrônée par une usurpatrice qui s’avère n’être qu’une pauvre et hideuse créature qui coasse…

On voit ce qui a pu plaire aux courtisans.

Deuxième avantage, on comprend très vite, même chez les nombreux mous du bulbe qui s’ébattent en ces lieux, qu’il y a du second degré dans l’air… Adoncques que faut-il voir derrière le  grotesque du propos

Rameau a tout simplement dynamité les conventions de l'opéra et des ballets de son époque. Cette parodie est portée à l'extrême avec le personnage de la Folie grâce auquel JP se moque ouvertement des conventions musicales jusqu'à friser l'impertinence devant Louis XV (la scène où la Folie lance quelques trilles puis s’aperçoit qu’elle lit la partition à l’envers et descend tout soudain d’un demi octave) pour simplement prouver que l’émotion naît de la musique elle-même indépendamment de tout ressort, par le simple jeu des instruments…




Troisième avantage pour les enfants que nous sommes restés, c’est beau comme une superbe BD ! Dans Platée, grenouilles, algues, vase et créatures des marais descendent dans la fosse d'orchestre et prennent la direction de la musique pour mêler tragique et comique et produire un spectacle total.

Décidément, avec Platée, les Indes et, dans un ton plus sérieux mais tout aussi réussi, Rodelinda, on peut se demander si le baroque ne serait pas tout simplement le matériau idéal pour la fantaisie et l'imagination ! En tout cas certainement plus que l'opéra du XIXème siècle... (Bon, je sais, je cherche…)


Quatrième avantage pour les radins et ceux qui ne savent pas choisir : il n’y a pas beaucoup de versions !


1957 Hans Rosbaud EMI Classics

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Bon, on ne va pas être chien, c’est le premier enregistrement intégral d'une oeuvre de Rameau et cela suffit à imposer le respect. L’aspect théâtral est moins marqué, c’est très axé sur la musique, très sérieux, trop bien sûr…



1988 Jean-Claude Malgoire CBS

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Ici aussi, une première : le premier enregistrement à l’ancienne. Non, bande de glandous, pas avec du matos du temps d’Edison mais avec les instruments anciens, les tempos plus rapides, les voix qui vont bien, enfin presque (Rivenq et surtout Poulenard mais Brewwer, bof)…

Alors ? Ben, c’est pas mal. Mais c’est à l’opposé de la version précédente. Avant Minko, Malgoire s’est essayé à une certaine brusquerie : tempi heurtés, silences et cassures rythmiques presque exagérés, nuances abruptes... Tout ceci est incontestablement théâtral, mais, pour le coup, c’est la musicalité qui n'y trouve pas forcément son compte. Mais j’aime bien Malgoire qui est un mec qui prend des risques même si d’autres tirent les marrons du feu.



1990 Marc Minkovski TDK

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Premier essai enregistré en 1988 à Radio France.

Avec les Musiciens du Louvre presque à leurs débuts d’où une verdeur des timbres et une spontanéité rythmique qu’ils ne retrouveront pas forcément par la suite, dixit la critique…



2004 Marc Minkovski DVD

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Enregistré en 2003 à l’Opéra Garnier.

Bon, oubliez tout le reste, c’est la version à avoir ! Avec la mise en scène (discutée !) de Pelly, la chorégraphie de Laura Scozzi mais sans Jean-Paul Fouchécourt en Platée (à la Salle Favart) qui se voit remplacé –mais non égalé par Paul Agnew (superbe chanteur mais trop précieux) :




Qu’importe ! Musicalement, le plaisir est immense avec une lecture orchestrale fulgurante (cf. le ballet des Aquilons!), des chanteurs-acteurs investis dont  l'excellent Cithéron de Laurent Naouri, le Mercure nonchalant (et Thespis) de Yann Beuron, la pitrerie déjantée du Momus de Franck Leguérinel  et, aux sommets, l'hallucinante Folie (et Thalie) de Mireille Delunsch.


Avant de me faire enguirlander par Jubilator, je m’empresse de signaler également les superbes suites de Nicholas McGegan :

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Et je ne résiste pas à vous resservir Delunsch et Minko à Garnier pour le plaisir !

« Aux langueurs d'Apollon, Daphné se refusa:
L'Amour sur son tombeau,
Eteignit son flambeau,
La métamorphosa… »

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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #10 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:18

Une (Re) découverte : Les Opéras de Vivaldi




P…., l’Alleuze va nous infliger du vivaldoche !


Je veux ! Bande de gougnafiers incultes ! Et d’abord pour corriger un paquet d’idées reçues sur le prêtre roux…

Non, Vivaldi n'a pas écrit cinq cent fois le même concerto et cinquante fois le même opéra (Ouais, plus que cela même, on connaît 66 partitions lyriques de sa main).Non, il n'est pas non plus un auteur mécanisé et sans imagination d'opera seria : son inspiration sait se renouveler à chaque ouvrage.

Oui, on possède de lui des partitions qui semblent faites pour des débutants dotés de cinq doigts et b…. oui, puisqu’elles ont été faites pour cela, à l’usage de ses élèves de l’Ospedale della Pieta, ces petites nonettes, bâtardes de grande famille qui jouaient derrière un rideau pour ne pas distraire les signori…

Et, oui, malgré le succès de ses concertos, Vivaldi reste largement méconnu car il d’abord été un compositeur d’opéras. Et célèbre en plus !

En fait, c’est un auteur minimaliste, le Philip Glass du XVIIIème siècle. Toute l’œuvre est déjà contenue dans les premières mesures où se trouvent des cellules rythmiques et des cellules thématiques qui vont être utilisées tout au long des mouvements. Ces matériaux exposés d’emblée vont amener toute la composition…

D’où la critique maintes fois entendue de toujours utiliser les mêmes mélodies !

Et de ne pas être un dramaturge. Vivaldi n’est pas au niveau de Haendel, certes, mais tout de même. Violoniste virtuose, il s’intéresse d’abord à la virtuosité des voix mais ne méconnaît pas les motivations des personnages. Et l’Orlando Furioso est largement du niveau du Giulio Cesare de Haendel qu’on entend partout.

Son vrai problème à Antonio, c’est qu’il écrit trop vite ! Cinq jours pour composer Tito Manlio qui représente 5 LPs… Bon Dieu, il est tellement demandé !

Alors, il faut aider les « jeunes » chefs italiens ( les Biondi, Marcon, Alessandrini,Sardelli) qui se mettent à secouer le carcan de l’opéra du XIXème siècle et du Bel Canto pour faire découvrir un patrimoine prodigieux, et d’abord à leurs compatriotes : Vivaldi, le vénitien, n’est pratiquement jamais joué à La Fenice ! comme cela a été fait par les flamands, puis les anglais et enfin les français avec le répertoire baroque…



Bon, alors, qu'est-ce qu'on écoute ?


Je ne vais pas vous effrayer, je vous sais fragiles, surtout le petit Sylvain sans la protection des Walkyries….

Aussi vais-je vous proposer de commencer par un best-of, un pot-pourri pour les plus âgés avec deux (pouark) CD qui regroupent des airs d’opéras, histoire de vous faire les oreilles, l’un est de Marcon, l’autre de Sardelli (tiré de l’intégrale Naive)


Amor Profano: Vivaldi Arias

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Vivaldi - Arie d'Opera / Piau • Hallenberg • Agnew • Laurens • Modo Antiquo • Sardelli

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Je ne vous cache pas mon coup de cœur pour le premier, si le deuxième est également superbe pour la musique les voix sont plus discutables (je ne raffole pas de Paul Agnew) mais c’est idéal pour une introduction…



Juste pour faire saliver Sylbarth, ce traitement "alla francese" d'un des plus célèbres airs

d'Orlando Furioso avec un "duel" Jarousski-Lemieux :




Certains grincheux (il en est, hélas, sur le forum) m’ont fait remarquer que le premier (pouark) CD recommandé précédemment avait fait l’objet de critiques acerbes sur la prestation de Simone Kermes considérée comme totalement effacée voire inexistante, tout serait chanté mezzo-forte sans articulations, le timbre serait ingrat etc...

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Bon, je savais que cela ne serait pas facile mais, tout de même…

J’ai signalé ces deux CD à titre d’introduction et je trouve l’orchestre particulièrement somptueux sur celui-ci. Si, comme moi, vous aviez été condamné à ouïr pendant des décennies des Vivaldises sirupeuses, ampoulées, ch….. à fuir et coincées de l’arrière-train, vous feriez d’emblée la différence…

Quant à la Kermes… héroïque (facile, pardon), je trouve son timbre tout a fait plaisant et si la prestation est un poil lisse (j’ai dit lisse, pas fadouille !) on incriminera le travail en studio, la scène sera plus révélatrice…


Puisque la doxa va nous imposer ses niaiseries, passons outre et reprenons avec deux exemples d’arias chantées par les deux contre ténors qui comptent aujourd’hui :


D’abord Andreas Scholl avec Clarae Stellae, Scintillate :




Puis Jaroussky avec Vedrò con mio diletto





Vous avez noté tout ce qui oppose les deux hommes, la force et le fruité de Scholl contre la finesse et la monochromie de Jaroussky… Je vous laisse apprécier lequel est le plus humain et lequel est le plus touchant…

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Si j’insiste sur quelques arias c’est bien parce que le livret vivaldien est tellement mal foutu ou incompréhensible à nos esprits qu'il n'y a aucun intérêt dramatique à suivre le développement de l'action dans la plupart des opéras.

En revanche, l'action est à elle seule contenue dans le déroulement de l'aria, une dizaine de sentiments se bousculant en 5 à 10 minutes pour scénariser ainsi toute l'action interne au personnage.



Antonio a écrit quelque part qu’il avait composé 94 opéras. On a identifié 66 dont 19 à peu près complets.

Il y en a 4 du premier cercle :

L’Orlando Furioso (1727),

Montezuma (1733),

l’Olimpiade (1734),

et Bajazet (1735).

Le plus connu est l’Orlando mais je vous suggère de commencer avec un autre opéra composé tout de suite après le succès de l’Orlando furioso :  


L’Atenaide (1728 )


Et la raison en est expliquée ici par le protagoniste de la chose :




Vous l’avez compris, l’Atenaide est un best-of , un catalogue de tubes précédents du Maestro et une excellente entrée dans le Vivaldisme comme système de marketing lyrique du XVIIIème siècle.

Vivaldi est un entrepreneur tout comme Haendel et il se doit de produire des succès. Un moyen en est le « pasticcio ». La pratique consiste pour le compositeur à assembler, sur un livret unique, des airs provenant d'opéras différents dont il peut, ou non, être l'auteur (il peut aussi s'agir d'airs nouveaux, mais de compositeurs différents).

Les pasticcios étaient un moyen commode de composer une œuvre « nouvelle » de façon rapide, en utilisant de préférence des airs ayant connu un grand succès.

Inutile de se scandaliser, c’était une pratique courante et parfaitement acceptée. N’oubliez pas que les opéras étaient démodés aussitôt que représentés ; les partitions n'étaient généralement pas imprimées ; faute d'enregistrement, un opéra de l'année passée était pour ainsi dire perdu. Le pasticcio permettait donc de redonner une seconde vie à cette musique.

L’Atenaide comporte tout de même quelques airs originaux mais surtout beaucoup de reprises de tubes vivaldiens avec de nouvelles paroles. C'est vivant, varié, prenant, avec des récitatifs d'une grande intensité dramatique et musicalement très riches…



Pas de quoi vous prendre la tête pour les versions : il n’en existe qu’une !


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C’est un condensé et une acmé du chant baroque, l’enthousiasme est manifeste et tous les membres de la troupe peuvent briller tour à tour ou ensemble car l’œuvre est conçue ainsi et les tours de force s’enchaînent avec des vocalises interminables

Sandrine Piau est parfaite (écoutez son « Bosco romito ») comme le sont Vivica Genaux, Romina Basso, Guillemette Laurens, Paul Agnew, Nathalie Stutzmann, et Stefano Ferrari.

L’orchestre est dirigé par un de ces « jeunes chefs » dont je parlais plus haut : Frederico Maria Sardelli qui mène son monde en dramatisant à fond la partition, sans jamais tomber dans des ruptures de tempos extrêmes ce qui donne en définitive un équilibre cool et du dernier galant…


Bref, si vous n’aimez pas celui-là, vous n’aimerez probablement pas les autres…



Vous savez quoi ? Je comprends l’avis de Jean-Pascal sur l’Orlando !

L’Orlando Furioso 1727


C’est un drame, un vrai. Avec une construction solide mais que c’est ch…. à suivre… Le livret est aussi complexe qu’un soap opéra genre Dallas, il n’y a pas de grandes scènes mais une tension progressive, très peu d’arie caractéristiques hormis ce « Nel profondo cieco mondo » mis à toutes les sauces et que vous connaissez par cœur maintenant si vous suivez ce fil et qui ouvre précisément le drame…


Marie-Nicole Lemieux  « Nel profondo cieco mondo »




Si on ajoute le sublime « Sol da te  mio dolce amore » accompagné à la flute, on a fait le tour des greatest hits de l’Orlando !

Jaroussky  « Sol da te »




Alors pourquoi est-ce le plus connu des opéras de Vivaldi ?

Probablement parce que c’était le seul connu encore récemment, ou parce que le livret est tiré de l’Arioste….

Il n’y a pas ici ces facilités d’écriture qu’on reproche souvent à Antonio, c’est du sérieux, trop peut-être pour nos oreilles modernes mais un vrai amateur sera fasciné par la cohésion interne de l’œuvre. Il y a ici tout simplement un exposé complet de toutes les émotions les plus subtiles de la passion amoureuse avec une palette inouïe, expressionniste, très loin de l’affèterie, presqu’austère…

Il n’est question que de la souffrance et de la solitude profonde, sans recours, d’Alcina et du personnage central, Orlando, lequel donne le titre à l’opéra : « furioso » c’est-à-dire en proie à la plus noire des folies destructrices. La musique quant à elle, impose à force d’analogies climatiques et liquides – la mer et les métaphores océanes sont nombreuses- une atmosphère oppressante où les vapeurs de la magie vouent chacun à une sorte d’hypnose vénéneuse.

Contrairement aux grosses machines de Haendel, l’Orlando se prête très bien à une représentation « en chambre »…


Allez, je vous propose quatre versions seulement :


I Solisti Veneti-Claudio Simone  Erato STU 71138

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La première version (1977) et, de fait, l’unique audible en LP bien qu’à la fois coupée de nombreux récitatifs et « augmentée » d’une sinfonia en ouverture et d’une aria pathétique pour complaire à Marilyn Horne qui retrouve ici les exigences des stars de l’époque… Et en prime Victoria de Los Angeles dans le rôle d’Angelica. Superbe version au plan lyrique donc mais complètement en dehors du sujet au plan stylistique…

J’ai cette version depuis sa sortie mais je ne l’écoute quasiment jamais…



Modo Antiquo-Federico Maria Sardelli

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Excellente version d’un de ces jeunes chefs italiens dont je vous vantais les talents mais, malheureusement, il y a la version Spinosi…



Ensemble Matheus-Jean Christophe Spinosi  Naïve

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Spinosi est celui qui rend enfin cet Orlando compréhensible : il a su capter toutes les nuances musicales et vocales les plus infimes qui font de l’Orlando une peinture fascinante de sensibilités individuelles. On est loin des pâtisseries vénitiennes, des sfumatos décoratifs dont on pare habituellement la musique de Vivaldi, les coups d’archets secs rappellent ceux d’Harnoncourt en son temps…  .

Et les chanteurs sont tout à fait à la hauteur même le frêle Jaroussky en Ruggiero face aux mamas comacks que sont la Lemieux en Orlando et les autres mezzos certes moins plantureuses mais loin d’être alanguies…



Et en DVD, la version de Behr avec Marilyn Horne. Pour amateurs seulement (cf la video qui suit !)

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Motezuma 1733


Cet opéra est un survivant : bien que le livret soit connu, la musique en avait disparu. Malgoire, qui est un aventurier, s’était donc « amusé » à écrire un « pasticcio » sur le livret et nous avait donné une œuvre composée à partir d’extraits d’autres opéras en 1993…


Jean Claude Malgoire Astrée E 8501

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Cette version était sympathique mais un poil frustrante malgré les prestations de Poulenard et de ses collègues

La redécouverte de la partition à la  Sing-Akademie zu Berlin en 2002 a donc fait naître un immense enthousiasme chez les Vivaldiens ! Peut-être à tort : Motezuma n’a pour l’instant fait l’objet que de deux interprétations et bien que nombre de spécialistes se pâment à son sujet (Classica entre autres…), je trouve qu’il est encore bien tôt pour être définitif sur ce point

Le livret traite de la confrontation entre Cortès et le souverain Aztèque Montezuma (ou Moctezuma) et c’est le premier opéra qui traite un sujet situé aux Amériques. N’attendez pas une reconstitution historique fidèle mais le sujet, la fin d’une civilisation,  est bien traité…

Il n’y a qu’une version disponible, celle d’Alan Curtis, la création de Motezuma par Sardelli en 2005 n’est, malheureusement pas sortie et il n’y en aura probablement pas d’autres, la loi allemande accordant le copyright à la Sing-Akademie zu Berlin ce qui peut paraître grotesque pour une œuvre italienne de 1733 !


Vivaldi-Motezuma  Alan Curtis Il Complesso Barroco Archiv Produktion 00289 477 5996


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J’avoue ne pas être tenté par le rendu de Curtis, mais l’œuvre est assez sombre en elle-même… En revanche, pour les ceusses qui viennent des opéras classiques voire romantiques, elle peut aider à découvrir Vivaldi : Il s'agit d'un opéra complexe musicalement, avec des airs très variés (instrumentation, vitesse, voix etc..) d'un style moins typé, moins caractéristique de l'écriture vivaldienne par rapport à l'Olimpiade ou Bajazet par exemple avec  pas mal d'arie à plusieurs voix.

On trouve ici moins de l’habituelle virtuosité qui casse un peu le discours du recitativo et on a donc moins l'impression d’une alternance mécanique entre airs et parlando et toujours ce sens dramatique vocal…


Un extrait sur You Tube :  Marijana Mijanovic chante l'aria "Là, sull'eterna sponda"

Dernière édition par Alleuze le 24 Oct 2010 à 18:10, édité 2 fois.
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #11 par Alleuze » 23 Oct 2010 à 08:19

Bon, assez glandé, je reprends l’antenne (it’s a dirty job but someone got to do it !) et, vu le niveau général de ce bouge qui d'autre que moi…  :D


Dans la série “réhabilitons les baroques”, je vous ai déjà, je l’espère, réconcilié avec Vivaldi.
Plus fort encore, nous allons nous attaquer au prolifique Telemann, lui aussi accusé d’avoir toujours produit le même concerto… Ce que c’est que la malveillance !

Soyons péremptoires : il y a de superbes choses chez Telemann !  Les passions par exemple pour le vocal, les fantaisies pour hautbois pour l’instrumental et ses concertos pour orchestre sont plutôt jouissifs et ne vous plongerons pas dans la mélancolie…



Georg Philipp Telemann (1681-1767)

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Telemann est l’aîné (de peu, ils ont quatre ans de différence et sont amis) de Haendel et de Bach (tous deux nés en 1685) ce dernier lui succèdant comme kantor de Leipzig.

Très apprécié de son vivant, Telemann a connu une longue période d’oubli puis un certain dédain des musicologues qui l’apprécieront moins que son jeune collègue Bach .  C’est normal : comme musicien, Telemann est un autodidacte de génie, il s’est formé tout seul à une multitude d’instrument et est toujours à l'affût de toutes les nouveautés, d’où la production d’une musique beaucoup plus séduisante que savante - au contraire du précédent et tant pis pour les grincheux…

Avec plus de 3600 œuvres répertoriées, Telemann a été un des compositeurs les plus productifs de l'histoire de la musique. Il n’est donc pas question ici d’un catalogue exhaustif mais de quelques œuvres qui « valent le déplacement »…


1. Les « Passions »

OK, les passions de Telemann sont moins réputées que celles de Bach et on peut comprendre pourquoi si l’on s’envoie des versions d’avant 1970. Mais si vous les écoutez dans une version digne de ce nom, vivante, expressive, inspirée même si brouillonne par désir de bien faire alors, cela change tout !

Georg Philipp a écrit quelques 46 passions, le bougre ! Dont la moitié a disparu, mais deux sont sublimes :


Brockes – Passion  

C’est, en fait, un oratorio car textes sacrés et profanes sont mêlés qui fut créé à Hambourg en 1716. Son texte écrit quatre années plus tôt par le poète B.H. Brockes, fut utilisé non seulement par Telemann, mais également par des compositeurs comme Keiser, Haendel, Mattheson et Stölzch, et ce en un laps de temps relativement cours . La passion du Christ est ici comme mise en scène par Mel Gibson, on entend les coups de fouet, la couronne d’épines et les clous s’enfoncent dans la chair, c’est physique et on est loin de la spiritualité de Bach…



Rias Kammerchör - Akademie fûr Alte Musik Berlin- René Jacobs (Harmonia Mundi HMC 902013.14 )

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La meilleure version qui soit. A réveiller un mort…. Oubliez les autres y compris la révérée mais ancienne version de Nicholas Mc Gegan chez Hungaroton qui bien que probablement  plus proche de l’esprit luthérien « piétiste » de l’œuvre est plus... disons austère pour être poli.



Lukas – Passion

Attention, il y a deux passions selon Saint-Luc chez Telemann, une de 1722, une autre de 1744. C’est cette dernière, sur un texte de M.A. Wilkens fondé sur le texte de l’évangéliste qui nous intéresse.

En deux mots, ce qui différencie Telemann de Bach dans la musique religieuse, c’est le souci du public qu’a le premier, ce qui le rend proche de Haendel. On trouve bien entendu comme chez Bach une alternance de textes liturgiques et d’arias qui servent de commentaires à  « l’action » mais le tout forme une juxtaposition pure et simple d'éléments hiératiques  et de procédés musicaux beaucoup plus proches de l'écriture d'opéra : changements soudains de rythmique, effets comico-tragiques, instrumentation très riche, etc.



Frankfurter Madrigalensemble- Hessisches Kammerorchester- Siegfried Heinrich (Cantate)


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Ici, nous sommes à l’opposé de la vision de Jacobs. Nous faisons dans le romantisme allemand… mais de bon aloi. Ce brave Telemann est surtout servi au disque par du chef teuton pur porc et plus classique qu’eux, tu prends des sels (à l’exception de l’excellent Goebel) mais Heinrich offre ici une version de toute beauté…



Pauvre Telemann, en voilà un qui n’est vraiment pas apprécié à sa mesure…

Prenez ses passions par exemple, tous les spécialistes vous le diront : « Pas du niveau de
Bach !»… Oui-da, le problème c’est que pour en juger, encore faudrait-il avoir des versions de qualité et là, il faut être honnête, à part les deux précédentes, rien n’est exceptionnel dans ce qui est disponible…

Quant aux versions anciennes, oubliez ! Telemann a été mis à toutes les sauces de l’orchestre lourdingue avec l’inévitable trompette d’or de Maurice André ou le crincrin d’André Rieu. Le genre de m… qui peuple les compiles Deutsche Gramophon… A fuir.


Bon, je vous signale néanmoins ces deux-là :


Matthaüs Passion – Hermann Max (Capricio)


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Markus Passion – Concert Magdeburg (Amati)


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2. Les Cantates


Ah les cantates…

Alors que toute l’œuvre chantée de Bach est ou a été disponible, combien sont elles les cantates enregistrées de Telemann (sachant qu’il y en aurait eu quelques 1500 au minimum !)

Et alors, qu’est-ce qu’on peut lui reprocher à ce brave Georg Philipp ? Bah, un rien : d’être moins ch… que Bach, plus léger, plus ouvert aux influences étrangères, plus brillant… Grave péché pour d’austères pasteurs mais combien apprécié par les paroissiens de son temps qui aspiraient à un peu de joie dans leur vie, les inconscients !

Et puis, faudrait voir à rendre à Georg Philipp ce qui est à Georg Philipp ! C’est lui qui s’est penché avant Bach sur le genre, et contribua largement à le développer, avec force arias, duos, trios, chœurs complexes, fugues en tout genre….


Un premier exemple pour faire le lien avec ce qui précède :


Passion Cantatas – Klaus Mertens – Accademia Daniel

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Bon, les violons grincent, c’est un peu fouillis comme direction (mais si ce n’est pas fouillis, ce n’est plus du baroque, non ?) mais la voix, la voix…



Un deuxième pour apprécier l’étendu du registre de Telemann :


Trauer-Actus – Cantus Cölln Konrad Junghanel (Harmonia Mundi)

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Achtung, ce n’est pas festif, c’est même austère mais, Ach, que c’est beau !




Et pour ceux qui ont apprécié le Jacobs de la Brockes-Passion, une version plus à la mode mais pas forcément plus « vraie »…


Cantates & Odes -René Jacobs  (Capriccio)

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Eh oui, le bougre ayant écrit quelques 6000 œuvres, il y a forcément du bon et du moins bon.

Mais rassurez-vous, il y a beaucoup de bon à l’inverse d’autres baroques allemand qui sont devenus franchement inécoutables à l’exception d’un miracle ou deux comme les sonates du rosaire de Biber ou d’un génie oublié comme Jan Dismas Zelenka que le père Bach tenait en haute estime mais je m’égare…

Bon, d’accord, j’y reviendrais (avec un s, c’est un conditionnel…)

Alors pour entamer une longue relation avec Georg Philipp, il faut accepter de l’entendre jouer par des chefs à la baguette moins baroqueuse que d’hab…

Il y a un truc, la plupart des orchestres sont de Cologne : Camerata Köln, Cantus Cölnn, Musica Antiqua Köln…


Tiens, justement, le dernier dirigé par Reinhard Goebel, grand telemannien s’il en est :


Teleman Flottenquartette Reinhard Goebel Archiv


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Des quatuors avec flûte, ça ne devrait pas trop vous heurter…


D’ailleurs, Telemann était un touche à tout doublé d’un autodidacte en termes d’instruments à vent, il en a mis partout et ses concertos sont un must :

Telemann Bläzerkonzerte Reinhard Goebel Archiv

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Sans oublier les partitas pour flûte mais par Kuijken :

Twelve fantasias for transverse flute Kuijken Accent

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Et le chef d’œuvre incontesté que sont les concertos pour hautbois qui mériteraient d’être revisités mais qui sont trouvables dans une version acceptable :

Telemann Concertos pour Hautbois Heinz Holliger Philips 6514 232

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Telemann Fantasias for violin Rachel Podger Channel Classics

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Elle a fait beaucoup de bruit à sa sortie (2006 de mémoire) et c'est tout à fait approprié pour entrer dans Tellemann. Qui plus est, c'est superbement joué.



Pour la peine, je vous dévoile une autre perle récente :


Telemann Blockflötenwerke Maurice Steger Harmonia Mundi

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size=4]Telemann (suite et fin)[/size]


Histoire de conclure cette introduction au brave Georg Philipp, je vous propose :



GP.Telemann Der Getreue Music-meister Camerata Köln (Deutsche Harmonia Mundi)

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L'intégrale  Der Getreue Music-Meister (Le bon maître de musique) qui offre cantates, sonates, et ouvertures dans le pur style telemannien. Franchement, c’est un must…



GP.Telemann Essercizii Musici Camerata Köln (Deutsche Harmonia Mundi)

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Les Essercizii musici constituent une somme pour la musique de chambre mais d'exercices ils n'ont guère que le nom tellement ils sont divertissants musicaux et mélodiques…



Je vous fait grâce des trucs plus connus comme la Wasser Musik, encore qu’il vous sera possible de comparer avec celle de Haendel sur ce disque paru chez Naive :

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et la Tafel Musik (voir plus haut la version de Goebel).

Je vous recommande néanmoins les six quatuors parisiens dans la partition de 1738  : soit la version historique mais sur instruments modernes, de Brüggen-Bylsma-Leonhardt-Schroder chez Teldec. Les timbres ne sont pas baroquement corrects mais ça a son charme…


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Où bien, si vous avez de la chance, cette version budget, non distribuée en France mais trouvable sur Ebay US de l’ensemble Sonnerie avec Wilbert Hazelzet et Monica Hugget chez Veritas. (En fait, je viens de vérifier, cela se trouve sur Amazon pour 6 €)

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Là, vous devriez normalement être proches de l’extase…



Et enfin, deux œuvres lyriques sur le paquet composé par Georg Philipp :

GP.Telemann Der Tag des Gerichts Nikolaus Harnoncourt (Das Alte Werk)

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Pour les ouvertures, il faut commencer par la plus toute jeune version du Jour du Jugement par Harnoncourt avec notamment l'ouverture en la mineur avec flûte à bec solo jouée par l'immense Frans Brüggen qui suffirait à elle même pour l’acquisition du disque.



GP Telemann Orphée René Jacobs  (Harmonia Mundi

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Pour l’opéra et faute de mieux, je vous propose cette excellente version d’un opéra pour le moins bizarre, sorte de patchwork entre tragédie lyrique française, opera seria italien et opera seria allemand et donc chanté en trois langues… Georg Philipp a du vouloir prouver qu’il maîtrisait tous les courants de l’époque !

Vous êtes vraiment des branlotins, si je ne m’y colle pas, personne ne s’occupe de ce coin !


Bon, d’abord des nouvelles de Telemann, il va bien merci.

Alors que le CD classique est en crise on continue à sortir des œuvres de Telemann : au pire on réédite d’anciennes versions épuisées, au mieux on sort de nouvelles interprétations…

Toujours dans l’esprit d’introduction à un compositeur, je vous présente la « TafelMusik », ou musique de table en Französe dans le texte…


Die Tafelmuzik


La Tafelmuzik, c’est la musique internationale avant la lettre, un mix réussi de style français, italien et allemand, un genre qu’on peut également attribuer à Haendel et dont le but essentiel est de plaire, grave péché !

Qui plus est, c’est de la musique pour banquet, imagine t’on cela ? Eh bien, à sa sortie en 1733, le truc a fait un tabac, preuve que le siècle savait s’amuser.

Pardon ? Un certain Delalande avait déjà fait une musique pour les Soupers du Roy ! Et la Tafelmusik n’en serait qu’un clone… Je vous trouve durs : Delalande, c’est le fonctionnaire de la Cour, le metteur en scène salarié du bon plaisir du p’tit Louis… Telemann, c’est la pure joie de vivre, c’est l’utilisation d’un thème ancien pour le transformer en divertimento…

Et puis, vous voulez que je vous dise à quoi je la compare, moi, la Tafelmuzik ? Aux Concertos Brandebourgeois de Bach, oui Messieurs, même organisation avec ouvertures, même diversité musicale, même diversité d’instruments et de timbres… Et même niveau.

Non mais.

Alors, qu’est-ce qu’on trouve, par ordre d’intérêt :



1.      Le moins cher

Telemann-Tafel Musik Orchestre Musica Amphion Pieter-Jan Belder (Brillant Classic)

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Cela date de 2004 et c’est excellent, c’est même top si l’on considère le prix ridicule auquel c’est vendu pour un coffret de 4CDs (13,09€).


Un petit extrait :

[media]http://www.youtube.com/watch?v=4ROaEDGoJ4Y&feature=related[/media]

C’est joué sur instruments anciens, c’est brillant, enlevé… C’est le « best buy » !


Best buy ? En fait, non ! Les bizarreries de l’actualité me font constater qu’Amazon fourgue la version Harnoncourt à 5,45 € les 4 CDs. Si ce n’est pas du bradage !

Telemann- Tafel Musik Concentus Musicus Wien Nikolaus harnoncourt (Das Alte Werk)

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Mais, bon, Harnoncourt à ce prix, ça ne se refuse pas d’autant que c’est la version la plus décapante de l’œuvre, on aime ou on déteste ! Toutefois, soyons honnêtes, le son n’est pas terrible c’est vraiment pour amateur passionné.



2.      Le plus ancien


Telemann- Tafel Musik Schola Cantorum Basiliensis August Wenzinger (Archiv)

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Telemann- Tafel Musik Concerto Amsterdam Franz Bruggen (Telefunken K19C-9272/3 ;   K20C8434/5 et K20C8438/9)

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Toutes les deux sont de 1965, la version Bruggen est encore disponible en CD et cela tombe bien, elle est meilleure mais elle souffre des mêmes maux que sa concurrente, le jeu sent son ancienne école et cela va irriter nos baroqueux pointilleux

NB : Il s’agit ici de vinyls et ils n’apparaissent pas en coffret mais en trois albums séparés, le Bruggen est la réed japonaise de 1981




3.      Le plus fidèle à Telemann : Goebel


Telemann- Tafel  Musik Musica Antiqua Köln  Reinhard Goebel (Archiv Produktion)

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La version idéale, malheureusement épuisée mais trouvable de temps en temps sur Ebay. Goebel manifeste la meilleure connaissance de Georg Philipp, pas d’emphase ici, pas de lourdes pâtisseries ni de tonalités criardes, le juste ton.


Alors çà ! Une autre surprise sur Amazon, ils ressortent la version Goebel pour 17,45 € à partir du 2 novembre ! Passez commande !!!

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4.      Les outsiders

Telemann- Tafel Musik  Freiburger Barockorchester


Sont fous ces éditeurs : v’la t’il pas qu’ils nous ressortent une autre grande version, celle des Fribourgeois pile poil juste avant celle de Goebel soit le 21 octobre mais plus chère : 24,25 €.

http://www.amazon.fr/Musique-table-int% ... im_sbs_m_1



Telemann- Tafel Musik  Jean François Paillard (Erato 750043)

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Un essai français des années 80, plutôt sympa si on le trouve à moins de 10 €



Bon, résultat des courses : 1. Goebel, 2. Freiburger, 3. Bruggen…
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #12 par Alleuze » 25 Oct 2010 à 18:00

Gluck - Orphée et Eurydice


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Bon, histoire d’amorcer la pompe je continue sur ma lancée avec Christoph  Willibald Gluck.
Pour ce qui est de la biographie, je vous renvoie sur Wiki.

Pourquoi Gluck… eh bien,  c’est pour éviter de parler de Haydn, Mozart et CPE Bach !
OK, je plaisante, pour simplifier, je dirais que c’est juste un passage obligé entre la (Raaah, Lovely) période baroque et la (Pouark) période classique…

Et puis, c’est le côté rénovateur de l’art lyrique qui est intéressant : le bonhomme crée la synthèse entre diverses traditions, à savoir essentiellement l’italienne (avec l’Opera seria) et la française (avec les comédies-ballets , les comédies-vaudevilles qui donneront l’Opera-comique et surtout ici la tragédie-lyrique à la Rameau), auxquelles s’ajoute un soupçon de rigidité germanique, un poil de tics piqués à Haendel  -qu’il a rencontré à Londres et diverses autres influences tant scéniques que chorégraphiques…
Tout ceci débouche sur son « chef d’œuvre », Orfeo ed Euridice, créé en italien en 1762, à Vienne.

Pour l’anecdote, il en existe trois versions : celle originale en italien avec le rôle d’Orfeo pour un castrat, une première en français créée en 1774 à Paris avec le rôle pour un haute-contre et une deuxième en français remaniée par Berlioz en 1859 pour une mezzo-soprano. C’est cette dernière version qui est la plus connue car reprise plusieurs fois et même retraduite en italien…


Alors qu’avons-nous à nous mettre sous la cellule ?

Oublions les enregistrements historiques (Toscanini, Furtwängler à la Scala) ou trop romantiques (Karajan, Monteux etc.) mais ne négligeons pas quelques incunables :

1951 Charles Bruck/Orchestre de l'opéra néerlandais

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Version Berlioz en italien. Daté, très daté pour la direction mais indispensable pour le chant de Kathleen Ferrier qui est au zénith.

1955 Louis de Froment/Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (Angel 3569 et Pathé DTX 243/4

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Version de Paris 1774. Enregistrée au festival d’Aix en Provence, le style de la direction est fort éloigné du baroque : c’est très mais alors très, très lent, et sans imagination… L’intérêt c’est que Micheau rayonne en Eurydice. Gedda quant à lui se trouve dans ses limites tant du point de vue longueur de souffle (vu la direction, il faut en avoir!!) que du côté nuance. La voix est, en revanche, magnifique.


1956 Hans Rosbaud/ Orchestre des Concerts Lamoureux

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Version de Paris 1774. Un poil plus rapide que le précédent et, surtout, surtout plus léger. On commence à sentir poindre une touche baroque. Assez belle direction dans l’ensemble. Alarié et Danco sont parfaite, légères et belles. Simoneau est un vrai rayon de soleil. Timbre d'une beauté rare, nuances et souffle... tout y est. Vraiment sympa ce vieux machin.


1968 Karl Richter/Munchener Bach Chor & Orchester (DGG 2707 033)

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Version de Vienne 1762 en italien. La première à posséder une teinte « baroque ». Pour Fischer-Dieskau et Janowitz


1970 Georg Solti/Royal Opera House, Covent Garden (London OS26214)

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Je ne la connais pas mais je conserve un souvenir ému de Marylin Horne


1982 Sigiswald Kuijken/La Petite Bande

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Version de Vienne en italien. Je l'ai acheté à sa sortie parce que c'était un Diapason d'Or ! Comme quoi, il faut toujours se méfier des critiques... C'est beau, c'est long mais c'est beau, mais c'est long etc.



1983 Raymond Leppard/ Philharmonique de Londres et le Glyndebourne Chorus (Erato 750423)

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Version Berlioz en italien. On peut se laisse tenter si on la trouve pour pas cher.




1989 John Eliot Gardiner/Orchestre de l’Opéra de Lyon/Monteverdi Choir (EMI)

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Version Berlioz en français. Longtemps considérée comme la version de référence (Ouais, je sais, j’adore Gardiner)


1994 John Eliot Gardiner/English Baroque Soloists/Monteverdi Choir (Philips)

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Version de Vienne en italien. Ouais, ben Gardiner ou pas, je trouve cette version ch… au possible.  Et Mac Nair et Lee Ragin sont sans vie. Et c'est la version viennoise certes mais sans l’unique aria virtuose que comporte la partition au livret italien. Et la pochette est grotesque. Et toc.


2004 Marc Minkowski/Musiciens du Louvre (Archiv)

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Version de Paris. Réussite totale. Oubliez tout le reste.





Bon, et pour les fauchés, je signale une version récente (2008?) chez Naxos qui est bien, semble t'il.

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Euh, Alleuze, et les DVDs ?

Alors, il y a tout à fait à part la version de ballet de Pina Bausch qui vaut pour l’extraordinaire chorégraphie mais le livret est en allemand. Warum nicht ?

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Sinon, il y a un truc incontournable avec, je vous le donne en mille….Gardiner ! Bingo !

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Grande allure visuelle, et grande éloquence sonore



Cela dit, il faut bien convenir que le drame d’Orphée, souvent traité à l’Opéra, est ici passablement fade…  Hormis l’air célèbre « J’ai perdu mon Eurydice », rien n’émerge vraiment de la partition qui forme toutefois un je ne sais quoi d’austère qui peut plaire. Soyons honnête, l’intérêt est ici plus historique que musical…

Pour ma part je préfère et de loin les deux Iphigénie, en Aulide et surtout en Tauride et l’Armide.
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #13 par Alleuze » 02 Nov 2010 à 17:23

Gluck (suite)



Alceste 1767


Comme pour Orphée et Eurydice, il existe deux versions d'Alceste : celle de Vienne, en italien, sur le livret de Raniero da Calzibigi, créée le 26 décembre 1767 au Burgtheater ; et celle de Paris, sur le texte de F. Lebland du Roullet, créée le 23 avril 1776 par l'Académie Royale de Musique. Et, précision qui rapproche une fois de plus l'historique de cette oeuvre de celui d'Orphée, Berlioz en établit une autre version pour la reprise parisienne, en 1861.

Alceste aura été dans l'oeuvre de Gluck une étape décisive de la "réforme de l'opéra" dont Orphée et Eurydice, qui lui est antérieur, constitue le premier versant : « J'ai pensé à restreindre la musique à son véritable office, qui est de servir la poésie pour l’expression et pour les situations de la fable […]. Je n’ai donc pas voulu arrêter un acteur dans la grande chaleur du dialogue pour entendre une ennuyeuse ritournelle, ni couper un mot sur une voyelle favorable pour faire parade de l’agilité de sa belle voix […] J'ai pensé que je devais consacrer tous mes efforts à la recherche d'une beauté simple et j'ai pris soin d'éviter les étalages de difficultés qui nuisent à la clarté.» Gluck, Epitre dédicatoire d’Alceste, 1767

Pour un public d’aujourd’hui qui ne voit plus très bien ce qu’il y a de différent dans le rendu tant les interprétations modernes de Gluck sonne tantôt baroque (Gardiner) tantôt « moderne » (Minkowski), voici ce qu’un critique de l’époque écrivait après avoir vu l’œuvre : « Je me trouve au pays des miracles ! Un opéra seria sans castrats, des airs sans vocalises (ou gargarisme, comme je les appelle) et un livret qui n'est ni moralisateur ni trivial …»

De fait, l’histoire d’Alceste, reine de Phère en Thessalie prête à affronter les divinités du Styx pour libérer son époux Admète d’une mort certaine, fait jouer des archétypes surgis du fin fond de la nuit des temps et touche à l’universel comme toute grande tragédie grecque. En imposant un ton nouveau fait de noblesse et de grandeur tragique mais sans déclamation et en conservant l’humanité des protagonistes, Gluck a su tirer des larmes à des générations de spectateurs…


OK Alleuze, c’est bien joli tout çà mais, entre nous, c’est écoutable ?


Disons que c’est encore assez proche d’Orphée et Euridyce, c'est-à-dire vraiment de la tragédie lyrique épurée avec de grands airs un peu abstraits sans la pompe galante d'Iphigénie en Aulide, et sans la pompe martiale d'Armide… Mais c’est très beau.


Réglons leur sort aux grands anciens, on trouve bien quelques 78 RPM éparts avec qui Caruso, qui Leontyne Pryce, qui Georges Thill mais tout ceci relève de la  musicologie…  Et donc tout ce qui est présenté ici se trouve que ce soit en LP ou en (pouark) CD.

Enfin, soyons clair, il n’existe pas (pas encore) de version définitive de l’œuvre.


1952 Kirsten Flagstad  Alberto Erede

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Bon, Flagstad c’est plutôt Wagner mais il faut bien commencer. Belle voix, enregistrement réputé mais Dieu que c’est daté…


1954 Maria Callas Carlo Maria Giulini

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Sublime voix malheureusement assez mal entourée. C’est la version de 1776 retraduite en italien (!) mais il y a un jeune Giulini à la direction d’orchestre et un certain Luchino Visconti à la mise en scène. Un must de toutes les façons.

A vérifier en extrait : Callas chantant  "Ai Vostri Lai" :





1957 Kirsten Flagstad  Geraint Jones

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Moins connu que celui de 1952 et la voix n’est plus ce qu’elle était…  


1961 Eileen Farrell

Pour ses débuts au Metropolitan. Assez réputé mais introuvable. Quelques extraits sur le CD ci-dessous :

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1967 Leyla Gencer  Vittorio Gui

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Aie ! Le CD est une catastrophe, rien n’est audible.  A fuir  malgré la superbe voix !



1981 Janet Baker  Charles Mackerras

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Très très belle voix, mais est-ce bien le rôle ? On est loin avec Janet Baker de la puissance vocale des précédentes mais probablement plus proche de celle qui créa le rôle en 1776 et on comprend mieux du coup le choix de Von Otter …




1982 Jessye Norman Serge Baudo

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Voix idéale pour Alceste puisque Jessye est aussi  un soprano dramatique, Gedda est superbe, c’est la direction d’orchestre qui pêche, c’est long, p… que c’est long…





1998 Arnold Östman

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Pensons aux radins : voici une très belle et peu chère version parue récemment chez Naxos, enregistrée au Théâtre de Drottningholm.  Le livret qui accompagne cet enregistrement précise entre autres que Gluck avait tellement influencé le roi Gustave III de Suède, connu pour son esprit éclairé et son goût artistique, que le souverain avait décidé de créer un Théâtre National Suédois basé sur les idées novatrices du compositeur. Il y a donc entre Gluck et la Suède une affinité qui se vérifie ici.


1999 Anne Sofie Von Otter  John Eliot Gardiner

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La voix est dans la couleur bien que parfois un peu « limite », l’orchestre est somptueux, d’où vient donc cette sensation d’inachevé…



Existe également en DVD




A venir, Il y a la version du Festival d’Aix 2010 avec Ivor Bolton et Veronique Gens dans le rôle titre et, peut-être une version Minkowski.



A suivre…
Dernière édition par Alleuze le 09 Nov 2010 à 20:43, édité 1 fois.
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #14 par Pseudo » 09 Nov 2010 à 18:54

Toujours un plaisir de te lire! CT
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #15 par jeanpascalg » 14 Nov 2010 à 01:41

Alleuze » 23 Oct 2010, 07:45 a écrit:
1962 Bonynge Sutherland (Decca 232-4)



Bon, c’est historique, donc c’est daté par définition et il manque plein de truc (la musique de ballet entre autres) mais Sutherland est au sommet, Berganza est plus dans le rôle que Wunderlich et nous fait un festival de roulades, d’aigus…. Que demande le peuple ? !


Puisque cette discussion est portée au musée autant corriger le fait que dans la version bonynge c'est luigi alva qui tient le rôle du ténor et non wunderlich, lui aussi as chanté mozart et c'est le meilleur ténor que j'ai entendu dans l'alcina.
D'ailleurs minkowski va le diriger au Théatre des Champs Elysées à la fin du mois, tu y va ?
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #16 par shushu » 14 Nov 2010 à 22:53

La suite de l'intégrale des Symphonies pour Orgue de Vierne par Roth à Saint-Sulpice est en cours: le vol. 2 vient de sortir chez Aeolus.

Moi j'aime bien. IL y a des découvertes à faire autant dans la musique de Vierne que sur l'orgue de St Sulpice.
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #17 par Alleuze » 15 Nov 2010 à 08:52

Oh, mais ça remue par ici, je n'y croyais plus...

JPG, merci pour la correction apportée et, non, je n'irais pas voir Minko, faute de temps.

Shushu, il faut que tu reprennes tes chroniques de CD !
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #18 par shushu » 21 Nov 2010 à 11:01

Et ça va même bouillir.

A propos des Indes Galantes (Rameau) de Christie, Hoffelé ou son comparse écrivait en 95: "Ces Indes Galantes, fruit d'une production aixoise controversée, marquent les limites d'une démarche très stylisée, peu engagée dramatiquement, et qui n'exprime pas du tout l'univers ramélien" et lui donne 4 étoiles quand même.

Qui peut se targuer de connaître l'univers ramélien?
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #19 par Alleuze » 23 Nov 2010 à 15:34

Gluck (suite)

Iphigénie en Aulide

Iphigénie en Tauride



Bon, promis, je m'y met dès que j'y pense...
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Re: Le Coin du Discophile Classique

Message #20 par Alleuze » 23 Nov 2010 à 15:42

Johann Sebastian BACH (1685-1750)


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Hi, hi, il semblerait que certains aient pu croire à une logique chronologique dans mon propos…  Eh bien ils ont eu tort. Je n'écoute que mon bon plaisir.

Et je n’ai aucun scrupule à faire un petit retour arrière parce que je n’ai pas traité le Kantor !

Damned, tu veux dire tout le Kantor ?

L’Art de la Fugue ? Les Cantates ? Le Clavier bien Tempéré ? Les Concertos Brandebourgeois ? Le concerto italien ? La Messe en Si ? Les passions ? L’Offrande musicale ? Les Concertos pour clavecin ? Les Concertos pour violon ? Les Sonates et Partitas pour violon ?  Les Sonates pour flûte ? Les Sonates pour violon et clavecin ? Les Suites et partitas pour clavier ? Les Suites pour orchestre ? Les  Suites pour violoncelle ? Les Toccatas ? Les Variations Goldberg ?

Ah oui, tout de même… Euh, bon bah disons qu’on va commencer et puis qu’on verra au fur et à mesure…

Déjà une ch’tite biographie pour aider :
http://www.carus-verlag.com/index.php3? ... lSprache=3


Les Brandebourgeois



Composés en 1719 et envoyés en mars 1721 au Margrave de Brandebourg qui ne les fit probablement pas jouer et que Bach lui-même n’entendit pas exécuter, les ayant envoyés en guise de présentation pour un poste qu’il n’obtint pas. Misère des musiciens salariés…

Et pourtant ces «Six Concerts Avec plusieurs Instruments » (le manuscrit original est en français) sont devenus l’œuvre la plus jouée au monde avec les Quatre Saisons de Vivaldi d’où une inquiétude normale qui saisit le forumeur moyen : que choisir ?

Force est de constater que tout le monde ou presque a gravé une version des Brandebourgeois et qu’il y en a pour tous les goûts : avec instruments anciens ou pas, avec tempi rapide voir ultra rapide ou lent voire asthmatique, en petite formation ou en fanfare etc.
Bon, pas question de voir tout le monde (plusieurs centaines) on va se concentrer sur quelques séries significatives :

1.        Les historiques

1928 Stokowski

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Un 78 RPM trouvé pour rien, il y a longtemps mais qui n’apporte rien à la gloire de Bach tant ce chef se contref… des travaux faits dès le début des années 1910 sur la meilleure façon de jouer Bach. C’est lent, emphatique, bref impossible…


1930 Furtwängler

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Furt n’a enregistré que le troisième, en78 RPM bien sûr, mais cela se trouve en 33RPM et en (pouark) CD. Très lent, très inspiré, proche de l’esprit certes mais assez loin de nos habitudes d’écoute.


1932 Cortot

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La plus ancienne intégrale avec Cortot au piano bien sûr. Hyper romantique, très lente avec des pauses interminables, des ornementations ajoutées, des cuivres pas très justes… Un gag mais tellement touchant.  Existe en CD


1935 Busch

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Avec Rudolf Serkin au piano. La plus célèbre intégrale, celle qui relança le goût pour Bach. Moins lente que celle de Cortot, plus juste dans l’esprit, elle mérite son succès. Et ça se trouve en coffret de 8 x 78 RPM pour des clopinettes sur Ebay US… Et aussi en CD et 33 RPM.

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1938 Toscanini

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Toscanini n’a enregistré que le deuxième et, franchement, on peut s’en passer.



1946 Koussevitsky

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Avec Lukas Foss au piano. La première intégrale en grand écran, cinémascope, vistavision et tout le toutim… je plaisante, c’est simplement la première version pour orchestre symphonique et c’est pour cela que je la cite. C’est bien sûr vieille école mais c’est déjà moderne dans la mesure où il n’utilise pas de vibrato, peu de pause et beaucoup de dynamisme.


1949 Reiner

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La quatrième intégrale historique de haut niveau, toute de raffinement sans jamais être précieux ni uniforme : ainsi Reiner ose une trompette éclatante dans le second concerto ou bien il alterne mouvement très émouvant dans le sixième avec une conclusion quasi jubilatoire.


1950 Casals

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Un monument, enregistré lors des célèbres rencontres de Prades. Casals n’est pas ignorant des recherches sur la façon de jouer « baroque » mais seule compte pour lui l’interprétation, il utilise donc un piano, remplace la trompette du second par un sax soprano et utilise des tempi rapides… Incontournable.


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